0 avis
FICHE DE LECTURE : Profil chimique des cartouches de masques respiratoires portés sur le terrain par les sapeurs-pompiers lors des feux de forêt
04/06/2026
Chemical profile of respirator cartridges worn in the field by wildland firefighters par des sapeurs-pompiers canadiens (Colombie britannique).
Résumé en français
Si la fumée des feux de forêt attire l'attention du public lors de pics spectaculaires, ses effets à long terme sur la santé sont encore mal connus. Afin de réduire les risques liés à l'exposition à la fumée des feux de forêt, de nouvelles données et des recommandations cliniques et de santé publique optimisées, notamment concernant l'utilisation de protections respiratoires, sont nécessaires. L'analyse des composés chimiques capturés par les cartouches des appareils respiratoires permet de mieux cerner les modifications de conception susceptibles d'améliorer leur efficacité et leur confort.
Dans cette étude, nous avons mesuré la composition chimique de la fumée de feux de forêt capturée par deux types de cartouches de respirateurs (contenant des filtres P100 et un sorbant à charbon actif) utilisées par 19 pompiers forestiers en Colombie-Britannique. Tous les filtres et échantillons de charbon actif ont été analysés par désorption thermique-chromatographie en phase gazeuse-spectrométrie de masse. Les données de spectrométrie de masse ont été traitées avec mzMine (Mzmine est un logiciel open source et indépendant de la plate-forme pour le traitement et la visualisation des données de spectrométrie de masse (MS). Le flux de travail est optimisé pour permettre le traitement d'études de spectrométrie de masse à grande échelle), selon un protocole non ciblé, ce qui a permis une identification de niveau 2.
Au total, 496 composés de fumée de feu de forêt ont été détectés soit sur les filtres, soit sur les échantillons de charbon actif, la plupart des composés étant des composés aromatiques oxygénés (54,9 %) pour les filtres et des hydrocarbures aromatiques (36,0 %) pour le charbon actif. Au total, 24 composés ont été identifiés dans les bases de données publiques répertoriant les substances cancérigènes ou les perturbateurs endocriniens. De plus, 17 composés ont été classés comme hydrocarbures aromatiques polycycliques, qui sont des substances cancérigènes connues, abondantes dans la fumée des feux de forêt. Ces composants nocifs ont été capturés à la fois sur les filtres et sur le charbon actif, ce qui démontre l’importance de la protection respiratoire contre les polluants en phase gazeuse et en phase particulaire.
Déterminer quelles molécules sont capturées par les modèles actuels de cartouches de respirateurs peut éclairer la conception future de cartouches optimisées tant pour l’efficacité de filtration que pour
Limites de l’article
Cet article a analysé ce qui a été piégé et filtré par les filtres des cartouches et non l’exposition réelle et donc l’efficacité (outre la tolérance).
Qu’apporte l’article ?
Cette étude a l’intérêt de traiter d’un type de protection respiratoire peu usité chez les sapeurs-pompiers français : les masques à cartouche filtrante. Leur durée d’utilisation est de quelques heures. Les contraintes respiratoires et faciales sont plus importantes (mais moins qu’un appareil respiratoire isolant).
Depuis 2024, les appareils respiratoires et les cartouches sont disponibles pour les pompiers de Colombie britannique comme équipement de protection individuelle (EPI) facultatif. Cependant, le port de cette protection respiratoire peut être irrégulier, pour des raisons de confort et de praticité, comme l’augmentation de la température corporelle, la restriction de la circulation de l’air et les difficultés de communication (Dawit et al., 2025 ; Desservettaz et al., 2025). De plus, ces appareils respiratoires nécessitent un visage rasé de près pour une protection efficace, ce qui est difficile à maintenir lors d’une intervention durable sur un incendie.
Les masques FFP2, non utilisables lors des phases d‘attaque, ont l’avantage d’être légers mais ne filtrent pas les gaz (COV notamment) et doivent être changés fréquemment.
Les cagoules de protection filtrante (GDO Prévention des risques liés à la toxicité des fumées 2ème édition de septembre 2020, chapitre 3.1) sont adaptables à toutes les phases du feu et au port des autres EPI. Elles filtrent les particules fines et les suies mais pas les gaz. Leurs contraintes sont parfois mal acceptées, ce qui serait probablement le cas des masques à cartouches.
Notes et avis d’expert du comité de lecture :
. Vouloir filtrer un gaz quel qu'il soit, engendre des configurations d'EPI très contraignant et peut compatibles avec une activité physique intense comme rencontrée lors des interventions contre les feux.. Les problématiques de la toxicité des gaz ne peuvent être résolus uniquement par la technique (supportabilité des EPI). Évoquer un changement de doctrine devrait pouvoir être abordé.
. Comme les études le démontrent, il est nécessaire de connaitre le « bruit de fond » commun de contamination à la population en générale, qui peut être chronique et ne pas se focaliser sur la dose de toxique pouvant être abordé à l'occasion d'un feu.
. L'utilisation et la maitrise du port des EPI respiratoire et autres restent un sujet majeur pour les utilisateurs.
. Si l’étude est intéressante pour comprendre ce que les cartouches arrivent à capter en feu de forêt canadien, elle reste scientifique et théorique car on ne sait pas réellement ce que le pompier inhale, ni le risque réel (pas de mesure des doses).
. Elle ne prend pas en compte les fuites du masque (mouvements, sueur, barbe…), l’étanchéité réelle et la qualité de l’air effectivement respiré.
. Elle reste aussi dans une logique « tout technique », sans réflexion sur l’organisation du travail, sur la limitation des temps d’exposition et sur l’adaptation des pratiques terrain. Et elle n’a pas pour objectif d’aborder les aspects pratiques : coût du matériel, gestion des cartouches (stock, remplacement, saturation, ce qui passe au travers, bonne tenue thermique et pas d'effet de déstockage à forte concentration de ce qui est piégé), maintien en condition opérationnelle.
Catégories et mots clés
Pollution atmosphérique ; exposition professionnelle ; masques respiratoires à cartouche ; fumée de feux de forêt ; sapeurs-pompiers ; Équipement de protection individuel ; EPI ; toxicité de fumées
1er auteur ID Article
Kristian J. Kiland
British Columbia Cancer Research Institute, Department of Basic and Translational Research, V5Z 1L3, Vancouver, British Columbia, Canada
Citation
Kristian J. Kiland a, Scott A. Borden a, Drew Lichty D b, Lucas E. Martins a, Natasha Broznitsky c, Crista Bartolomeu a, Renelle Myers a d.
a British Columbia Cancer Research Institute, Department of Basic and Translational Research, V5Z 1L3, Vancouver, British Columbia, Canada
b Thompson Rivers University, Centre for Wildfire Research, Education, Training and Innovation, V2C 0C8, Kamloops, British Columbia, Canada
c BC Wildfire Service, Ministry of Forests, V8T 5J9, Victoria, British Columbia, Canada
d The University of British Columbia, Faculty of Medicine, V6T 1Z3, Vancouver, British Columbia, Canada
Journal : Environnmental Research. 2026 ; 124565.