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FICHE DE LECTURE : Effets oculaires délétères de l'exposition à la fumée lors des brûlages dirigés chez les pompiers forestiers, SCISC
18/02/2026
étude concernant les pompiers forestiers australiens.
Malgré exposition à des concentrations élevées de particules (PM) et de gaz sur les lieux d'incendie, on sait peu de choses sur l'impact de la fumée des feux de forêt sur la surface de l’œil des pompiers forestiers. Cette étude sur le terrain a examiné l'impact sur la surface de l’œil des pompiers forestiers australiens de l'exposition à la fumée lors de brûlages dirigés.
Titre original : Adverse eye effects of smoke exposure at prescribed burns in wildland firefighters
MÉTHODES :
Vingt-trois pompiers (âgés de 19 à 60 ans, 78 % d'hommes) ont été évalués avant et après quatre brûlages dirigés afin de détecter des symptômes oculaires et des signes cliniques de lésions de la surface de l’œil. Les types de lunettes de protection utilisées ont été enregistrés et un sous-groupe de pompiers portait des moniteurs individuels PM2,5.
RÉSULTATS :
Les symptômes d'inconfort oculaire, de sécheresse et de sensation de corps étranger ont augmenté après les brûlages, tout comme les scores de coloration épithéliale, la rougeur de la surface de l’œil et la rugosité conjonctivale palpébrale. La stabilité du film lacrymal a diminué après les brûlages. L'exposition moyenne du groupe aux PM2,5 pendant les brûlages variait de 130 à 480 μg/m³. Tous les pompiers ont déclaré avoir porté des lunettes de soleil ou des lunettes de protection entre 40 % et 100 % du temps pendant les brûlages. Quatre pompiers (17 %) n'ont porté aucune protection oculaire entre 20 % et 90 % du temps.
CONCLUSION :
Les pompiers forestiers souffrent d'une irritation oculaire accrue et présentent des modifications cliniques de la surface de l’œil compatibles avec des lésions de cette dernière. Il est urgent de formuler des recommandations fondées sur des données probantes, pour la prévention et pour la prise en charge des complications de la surface de l’œil chez les pompiers.
LIMITES DE L'ARTICLE :
La durée d’exposition a varié de 5,5 à 8,5 heures (paragraphe Results, p.5).
- L’étude manque de puissance statistique et de qualités méthodologique et technique :
o Un échantillon réduit de 23 participants, dont 2 n’ont pas pu être suivis en post-exposition.
o Une comparaison sur 6 paires de prélèvements lacrymaux seulement, empêchant de corréler les modifications cliniques avec les modifications des marqueurs inflammatoires.
o Les mesures ont été réalisées dans des conditions de lumière ambiante élevée susceptible de limiter la sensibilité des tests cliniques (ex. : évaluation de la stabilité du film lacrymal et de la coloration de la surface de l’œil).
o L’efficacité comparative des équipements de protection n’a pas pu être évaluée de façon robuste, les participants portant des protections oculaires différentes (lunettes de vue, lunettes de soleil, lunettes de protection, visière, masque respiratoire complet filtrant) et pas de manière continue (à cause de buée ou du port inconfortable) et 6 ne portaient aucune protection oculaire.
o Une absence de groupe témoin, rendant difficile l’attribution exclusive des effets observés à l’exposition à la fumée.
- Seuls les niveaux de particules fines ont été mesurés, alors que des gaz toxiques des fumées pourraient contribuer aux impacts oculaires.
- L’étude ne permet pas d’évaluer les effets cumulatifs ou à long terme de l’exposition répétée à ces fumées.
QU'APPORTE L'ARTICLE ?
Cette première étude apporte des preuves concrètes de l’impact des fumées des feux de forêts sur l’œil, et incite à :
• Considérer la santé oculaire comme un enjeu de prévention et de dépistage au cours des visites d’aptitude périodiques et dans la lutte contre les feux de forêts et d’espaces naturels (incl. les brûlages dirigés), au même titre que vis-à-vis des risques respiratoires, cardio-vasculaires et traumatiques.
• Faire évoluer les mesures de protection et les protocoles de prise en charge et de suivi des problèmes oculaires pour les sapeurs-pompiers et la population générale exposés à ces fumées (formations, fiches pratiques, dotation des véhicules en solutions de rinçage, soutien sanitaire opérationnel adapté…).
• Sélectionner des équipements de protection des yeux antibuée et ergonomiques.
Le changement climatique induit une augmentation de la fréquence et de l’intensité des feux de végétation et de leurs localisations sur l’ensemble du territoire, exposant un nombre croissant de sapeurs-pompiers et de citoyens à ces risques d’atteinte oculaire.
CATEGORIES ET MOTS CLES :
Symptômes oculaires ; brulages dirigés ; feux de forêts et d’espaces naturels ; fumées d’incendie ; EPI ;protection oculaire ; soutien sanitaire ; visite médicale d’aptitude ; médecine professionnelle et préventive
1ER AUTEUR ID ARTICLE :
Sukanya Jaiswal
Université de Nouvelle Galles du Sud
CITATION :
Sukanya Jaiswal, Blanka Golebiowski, Ha T Duong, Michele C. Madigan et Isabelle Jalbert
International Journal of Environmental Health Research
Revue internationale de recherche en santé environnementale 2026, vol 36, n°2
www.tandfonline.com/journals/cije20
https://doi.org/10.1080/09603123.2025.2519764