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Femmes sapeurs-pompiers : retour sur 50 ans d’intégration
04/02/2026
En 2026, la sécurité civile française célèbre une étape majeure de son histoire : le 50ᵉ anniversaire de l’entrée officielle des femmes dans le corps des sapeurs-pompiers. Aujourd’hui pleinement engagées sur le terrain, leur présence est devenue évidente. Pourtant, cette évolution est le fruit d’un long chemin, marqué par des résistances culturelles, des obstacles réglementaires et de nombreuses adaptations.
Avant 1976 : une exclusion presque totale
Jusqu’au début des années 1970, les femmes étaient quasiment absentes des corps de sapeurs-pompiers en France. Le métier était alors considéré comme trop physique et perçu comme une activité exclusivement masculine.
Plusieurs freins expliquaient cette situation :
- Des représentations culturelles fortes, associant le feu, le secours et le commandement à des rôles masculins ;- Un cadre juridique inexistant, aucun texte ne permettant aux femmes d’être engagées comme sapeurs-pompiers, volontaires ou professionnelles ;
- Des contraintes organisationnelles, les casernes n’étant ni pensées ni équipées pour accueillir des effectifs féminins.
Si les femmes ont toujours été présentes à la marge, notamment comme standardistes ou secrétaires, leur accès aux missions opérationnelles restait impossible.
Les prémices du changement
Avant même le décret fondateur de 1976, certaines évolutions annonçaient un tournant. Cinq ans plus tôt, les fonctions de médecin et de pharmacien sapeur-pompier avaient déjà été ouvertes aux femmes.
En 1974, le gouvernement autorise également l’engagement de volontaires féminines, sans toutefois leur permettre d’accéder au statut professionnel.
La circulaire d’application du décret du 25 octobre 1976 reconnaît d’ailleurs une réalité déjà existante sur le terrain :
« Des filles et des épouses de sapeurs-pompiers participent déjà au relevage et au transport des blessés de la route et interviennent parfois pour assurer le premier départ de véhicules de lutte contre l’incendie. »
1976 : une reconnaissance officielle
Le 25 octobre 1976, le décret n° 76-1007 est publié. Il autorise officiellement les femmes à exercer l’activité de sapeur-pompier et stipule que « les corps des sapeurs-pompiers communaux peuvent être composés de personnels tant masculins que féminins ».
Après des siècles d’exclusion, cette avancée législative ouvre la voie à l’intégration progressive des femmes dans les centres de secours, à l’accès à toutes les formations et à l’exercice des mêmes missions que leurs homologues masculins.
L’évolution est progressive, parfois lente, et les effectifs féminins restent encore éloignés de la parité.
Des adaptations matérielles indispensables
L’arrivée des femmes dans les casernes met rapidement en évidence des besoins concrets :
- Infrastructures et vestiairesDe nombreux centres ne disposent pas de locaux adaptés, rendant nécessaires des travaux d’aménagement pour garantir des conditions d’accueil dignes et sécurisées.
- Équipements et tenues
Les équipements, conçus selon des standards masculins, ont dû être repensés pour s’adapter à des morphologies différentes. Pourtant, il faudra attendre 2020 pour voir apparaître les premières tenues d’intervention réellement adaptées aux femmes.
- Formation et intégration
Les SDIS développent progressivement des politiques d’accompagnement et de sensibilisation afin de favoriser une intégration durable et un environnement professionnel inclusif.
Une pionnière : Françoise Mabille
Françoise Mabille est reconnue comme la première femme sapeur-pompier en France. En 1974, elle sollicite son incorporation au centre de secours de Barentin (Seine-Maritime), alors exclusivement réservé aux hommes.
Après un recrutement classique, examen médical, entretien de moralité, et avec l’accord du maire, sa demande est transmise au ministère de l’Intérieur, dans un contexte de manque d’effectifs. Son premier engagement officiel est signé le 6 janvier 1974.
Elle devient sapeur-pompier professionnel en 1994. Les locaux n’étant pas mixtes, elle doit, lors des départs pour feu, se changer chez sa sœur, qui habite à proximité de la caserne.
Françoise Mabille prendra sa retraite en 2011, après 37 ans de service, avec le grade d’adjudant (Wikipédia).
50 ans après : quel état des lieux ?
Aujourd’hui, les femmes occupent une place croissante au sein des services d’incendie et de secours :
En 2024, les femmes représentent 23 % des sapeurs-pompiers civils (statistiques 2024). Elles constituent 21,38 % des sapeurs-pompiers volontaires et 6,31 % des professionnels (données 2022), avec une progression sur dix ans de +50 % chez les volontaires et +66 % chez les professionnels. Elles représentent par ailleurs 57,16 % des effectifs des services de santé et de secours médical (SSSM). Parmi les personnels administratifs, techniques et spécialisés des services d’incendie et de secours, 54,96 % sont des femmes (IHEMI).Leur présence a enrichi la profession par la diversité des profils, des compétences et des approches dans la prise en charge des situations d’urgence.
Des inégalités persistantes
Malgré ces avancées, les freins demeurent nombreux :
- La féminisation du métier ne devient une préoccupation institutionnelle qu’en 2016, soit plus de 40 ans après l’intégration de la première femme en caserne ;- 60 % des SDIS n’offrent toujours pas d’accueil spécifique pour les femmes ;
- Les difficultés de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle constituent le premier motif de cessation d’activité chez les sapeurs-pompiers volontaires féminins (87 %) ;
- 282 signalements de violences sexuelles et sexistes ont été enregistrés en 2023 ;
- La sous-représentation dans les grades élevés reste marquée : seules 3 % des officiers supérieurs (colonels et lieutenants-colonels) sont des femmes, Au niveau du grade de capitaine par exemple, on a 11 % de femmes (chiffres 2023 ICI) et aucune candidate ne s’est présentée au concours de colonel en 2023 et 2024.
Des leviers pour l’avenir
Consciente de ces enjeux, la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises a présenté un plan d’actions 2025-2028 en faveur de l’égalité professionnelle dans les services départementaux d’incendie et de secours. Il s’articule autour de trois axes majeurs : inciter, intégrer et accompagner les femmes tout au long de leur parcours professionnel.
Présentation synthétique (document de référence DGSCGC)
Aujourd’hui, les femmes constituent un vivier de recrutement encore sous-exploité au sein des services de secours. Malgré l’image positive et l’importance sociétale du métier de sapeur-pompier, des préjugés persistants entravent leur intégration. Afin de renforcer l’attractivité de la profession et de favoriser une féminisation pérenne des effectifs, la mise en œuvre de leviers complémentaires s’avère indispensable.