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Prix de l'Innovation 2018

La télé médicalisation d'urgence, une coopération opérationnelle au quotidien entre les effecteurs du SDIS et du SAMU de la Dordogne

29/11/18

Vous trouverez ci-après le résumé du projet réalisé par le Colonel Olivier NEIS du SDIS de la Dordogne.

Ce travail fait partie des 10 candidatures reçues dans le cadre du Prix de l'Innovation 2018. Il a reçu le Prix de l'Innovation 2018 durant la 10ème cérémonie des Prix le 21 novembre 2018.

Le département de la Dordogne d’une superficie d’un peu de plus de 9000 km² pour une population de près de 416 000 habitants doit faire face à une désertification médicale grandissante. Une étude du SAMU, confortée par les analyses de l’INSEE précise que l’on compte 140 médecins généralistes pour 100 000 habitants, ce qui classe le département en avant dernière position au niveau de la région Nouvelle-Aquitaine au plan de la densité médicale. Cette désertification médicale est plus ou moins marquée sur le territoire.

Le vieillissement de la population, l’augmentation de l’espérance de vie et l’éloignement des structures médicales d’accueil dans le cadre de l’urgence ont conduit à une réflexion commune entre le centre hospitalier siège du SAMU, le médecin-chef du SAMU et le SDIS afin de trouver des solutions pour disposer dans les meilleurs délais, d’une réponse médicale urgente adaptée en cas d’intervention nécessitant la prise en charge d’une victime. Le secteur de Nontron, situé à près d’une heure de route du centre hospitalier le plus proche, au nord du département a ainsi été identifié pour mener une expérimentation de télé médecine d’urgence.

Validée par l’Agence Régionale de Santé de Nouvelle-Aquitaine, sur un secteur géographique déterminé, cette collaboration consiste à mobiliser et mutualiser les moyens humains et matériels du SDIS et du SAMU dans une logique de complémentarité en s’appuyant sur une solution technique innovante unique en France : la télémédecine embarquée.

L’expérimentation permet de réaliser une télémédicalisation d’urgence pré-hospitalière, associant un infirmier de sapeur-pompier présent sur le terrain avec un médecin régulateur hospitalier à distance grâce à un système mobile d’auscultation embarqué à bord d’un véhicule du SDIS dénommé « Véhicule d’Intervention de Soins d’Urgence » (VISU). Le dispositif comprend une valise de télémédecine « Smart Médicase v2 » incluant les systèmes de vidéo-transmission « haute-définition » et de télétransmission des données cryptées. Cette valise, véritable «Multi Hub Service WiFi » (MHS WiFi) est connectée en mode « multi-opérateurs 3G / 4G » avec les réseaux existants et disponibles, complétés le cas échéant d’une liaison satellite en option. La valise totalement autonome et de mise en oeuvre simplifiée par dispositif « one-touch ON/OFF » et « plug and play » se connecte automatiquement aux réseaux des opérateurs ainsi qu’aux équipements périphériques auxiliaires qui permettent ainsi de réaliser les examens médicaux nécessaires.

L’objectif premier est d’aider le médecin régulateur dans sa prise de décision. Outre la fonction audio, il est intégré la fonction vidéo en direct via une caméra se trouvant sur une valise, filmant la scène. Grâce à des matériels complémentaires, le médecin peut recueillir des données plus précises telles les tracés d’un électrocardiogramme (ECG) 12 dérivations, les résultats de la biologie déportée, l’utilisation d’un stéthoscope déporté, ou la visualisation d’une échographie. Dans un deuxième temps, si un diagnostic est réalisé, une prise en charge précoce du patient est faite à distance en prescrivant hors Protocole Infirmier de Soins d’Urgence (PISU) à l’infirmier sapeur-pompier qui se trouve auprès du patient.

L’action du médecin au SAMU actée par l’intermédiaire de l’infirmier sur le terrain entraîne un gain de moyens et une prise en charge sans nécessité automatique de transport de la victime vers une structure hospitalière et sans déplacement systématique d’une unité du SMUR.

Ce dispositif a déjà permis une optimisation de la prise en charge des patients sur le territoire de l’expérimentation en améliorant leur orientation sur les domaines de l’urgence neuro-vasculaire, des douleurs thoraciques, de la prise en charge en traumatologie et l’orientation vers un plateau technique adapté ou simplement vers une maison médicale. Pour mener à bien l’expérimentation, des cas cliniques d’engagement ont été déterminés en appliquant le protocole relatif aux PISU. L’engagement est prioritairement décidé par le SAMU mais le CODIS-CTA peut également engager le vecteur VISU avec information du SAMU. Pour assurer la disponibilité de cet équipage, 42 conducteurs en majorité SPV et 22 infirmiers sapeur-pompiers volontaires ont été formés en collaboration avec le SAMU. Ce véhicule peut également être engagé à la demande d’un médecin généraliste, par un établissement de soins tels qu’un Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes.

L’évolution des matériels va permettre d’étendre l’utilisation de ce type de vecteur aux zones sans réponse médicale de proximité. Les textes et règlements définissent les limites du principe et permettent d’étendre les capacités d’utilisation. Au-delà des soins d’urgence, ce moyen peut permettre la visite à distance de tout patient et la mise en oeuvre d’un protocole. Les moyens de protection des données sont posés par les textes, la dématérialisation et le stockage en data center apportent la sécurisation des données.

L’évaluation définitive de ce projet doit permettre de définir un modèle économique afin de rendre pérenne et transposable à d’autres territoires défavorisés l’expérimentation qui a été conduite et dont les résultats obtenus sont prometteurs. De même, il sera judicieux d’étudier l’inversion possible de la chute de la démographie médicale dans ces territoires jusqu’à présent quelque peu ignorés, car lors d’échanges avec de jeunes praticiens libéraux susceptibles de s’installer dans des secteurs considérés comme des « déserts médicaux » ces médecins n’ont pas caché l’intérêt qu’ils trouvaient à pouvoir disposer d’un vecteur de télémédecine qui leur permettrait de disposer d’un diagnostic médical complémentaire rapide et spécialisé en cas de situation médicale complexe ou de pathologie(s) asymptomatique(s).

Crédit photographique : SDIS 24

Rédacteur : Colonel Olivier NEIS, directeur départemental adjoint, SDIS 24.

Publié le 29/11/18 à 15:52