ENSOSP : Ecole Nationale Supérieure des Officiers de Sapeurs-Pompiers
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19/07/13

Retour sur une journée riche en débats et en témoignages

COLLOQUE SUR L'INCERTITUDE


COLLOQUE SUR L'INCERTITUDE

Cette journée, riche en débats et en témoignages, s'est tenue le 27 juin dernier au pôle pédagogique de l'ENSOSP, à Aix en Provence.
Il en est ressorti que la culture de la remontée d'information, le retour d'expérience, les principes et les valeurs d'une profession qui décide pour autrui ainsi que le facteur humain sont les points cardinaux d'une formation professionnelle. Elle doit permettre à l'individu, qui devra décider dans l'incertitude, de se construire des repères, mais aussi d'avoir le courage de les dépasser pour affronter l'absurdité de l'évènement.

Anticiper, prévoir, prévenir le futur… les précautions ne suffisent pas toujours. S’il est naturel de douter, prendre une décision dans une situation caractérisée par une grande incertitude et des enjeux prégnants présente des difficultés qu’il faut pouvoir dépasser.

Le métier de sapeur-pompier, que ce soit en situation opérationnelle ou managériale, impose une réflexion sur la notion-même d’incertitude pour ensuite accepter de l’intégrer dans un processus décisionnel complexe.

Thierry MEYSSIREL, professeur de philosophie nous a interrogé sur que l'on peut savoir de l'incertitude. Quel savoir est à même de la défier? Si nous ne pouvons que savoir que nous ne savons rien. (Socrate) Peut-on être certain d'être dans l'incertitude ? (Montaigne) Ou n'avons-nous que des connaissances contingentes à interroger et à construire dans une anthropologie de la finitude? (Pascal). Après avoir balisé l'incertitude de l'homme, en l'homme, à même sa pensée, sa subjectivité, le savoir qu'il cherche, possède, critique, nous nous pencherons sur l'incertitude du dehors, celle dans laquelle nous jette malgré nous l'événement.

Selon Jean-Pierre SIVAN, astrophysicien, les sciences expérimentales, comme la physique, sont basées sur des observations et des mesures. Celles-ci sont par essence toujours entachées d’incertitude. Diminuer l’incertitude, c’est-à-dire augmenter la précision des mesures, peut conduire à des découvertes spectaculaires. On retrouve l’incertitude au cœur même de la matière : la physique des particules est dominée par l’incertitude suivant le principe énoncé par Heisenberg au siècle dernier. Mais l’incertitude existe aussi au niveau de l’infiniment grand. On s’aperçoit aujourd’hui que l’on n’observerait que 5% des constituants de l’Univers… Ce constat illustre le quotidien du chercheur, toujours prêt à douter de la réalité de ce qu’il observe et à remettre en cause les lois établies. Mais une incertitude plus générale pèse sur les habitants de la Terre, minuscule et fragile planète perdue dans un Univers violent et hostile …

Après la projection de quatre récits filmés par Daniel MASSOT (COM-ENSOSP) d’expériences différentes ( Col. Eric GROHIN, Directeur adjoint du SDIS 30, Pr. Jean-Pierre NEIDHARDT, Chirurgien des Hôpitaux et professeur des Universités, M. Damien LIEBEAULT, trader, Lcl Hervé de Saint-Exupéry, Pilote instructeur à État-major des écoles d’officiers de l’armée de l’air de Salon-de-Provence), un débat passionnant sur l’analyse des choix qui ont été faits s'est instauré.

Il en est ressorti que la culture de la remontée d'information, le retour d'expérience, les principes et les valeurs d'une profession qui décide pour autrui ainsi que le facteur humain sont les points cardinaux d'une formation professionnelle. Elle doit permettre à l'individu, qui devra décider dans l'incertitude, de se construire des repères, mais aussi d'avoir le courage de les dépasser pour affronter l'absurdité de l'évènement.

Olivier OULLIER, professeur en neuroscience et en psychologie, nous ensuite ouvert des champs d'analyse, notamment concernant les preuves scientifiques preuves neuroscientifiques d’un processus de réduction de l’incertitude propre à tout être humain.

La journée s'est poursuivie autour d'une table ronde sur l’intégration de la dimension d’incertitude dans la formation des officiers de sapeurs-pompiers modérée par François BERNARD, chargé de l’ingénierie pédagogique à l’ENSOSP.

Analyse du processus décisionnel, avantages et limites de la simulation, gestion des biais cognitifs : comment se préparer à l’improbable ? Quelle place à l’intuition ?

Les cadres pédagogiques de l’ENSOSP évoqueront les différentes manières d’accueillir et de dépasser le facteur « incertitude » dans l’environnement de l’officier de sapeur-pompier au travers de sa formation

Formations Santé et Secours à personnes – Cyril COMBALIER

L’incertitude en médecine est une notion évidente, d’autant plus qu’elle est pratiquée en urgence et en extra-hospitalier. Naylor, père de l’évidence based medecine a réparti l’incertitude en deux groupes : l’incertitude factuelle et l’incertitude contextuelle. Cette notion est souvent ignorée voir rejeté par le clinicien. Cependant, elle reste et demeure une source d’inconfort. La recherche de la certitude au sein de l’incertitude est un des axes d’amélioration pour l’exercice de l’art médical et notamment la formation par simulation. C’est une technique éthique qui permet l’apprentissage et la répétition du geste sur des simulateurs de grande réalité. La pratique en situation dynamique, en particulier lors de situation peu fréquente, diminue la différence entre le haut niveau de technicité nécessaire pour appréhender ses situations et le bas niveau d’exposition. La simulation médicale diminue donc l’incertitude du point de vue technique et comportemental et apporte un confort certain au praticien pour appréhender sa relation médecin/patient.

Formations opérationnelles – Olivier FREYERMUTH

Appréhender l’incertitude dans la formation des Commandants des Opérations de Secours (C.O.S.)

Tout décideur opérationnel doit faire le deuil de la certitude

Les activités de FOROPS s’attachent à trois angles de travail :

Incertain ne signifie pas aléatoire : comprendre les phénomènes, savoir observer, savoir recueillir et traduire les informations « signifiantes » transforme l’incertitude en évènements probabilisables et en statistique sur lesquels peuvent se reposer des décisions.

Les « informations » ne suffisent pas à circonscrire l’incertitude et peuvent même l’amplifier : le flux d’informations doit être transformé en « renseignements » fiables, recouper … certain … Voilà l’une des premières responsabilités du décideur ou de sa cellule de commandement. C’est une condition sine qua non qui permet de lancer la « boucle de gestion des environnements ».

L’incertitude et les biais émotionnels : l’incertitude est acceptée comme le principal facteur de stress. Le travail de questionnement avant de se présenter sur les lieux d’une opération rappel « l’angoisse » qui précède la découverte du sujet pour l’étudiant alors que la préparation est rassurante. De même, se poser des questions génériques durant le transit évite de se confronter à l’indistinct. Comprendre les « invariants » de nos opérations permet de resserrer le champ de l’incertitude.

Formations supérieures M. Christophe RATINAUD

Lever le doute ou lever quelques doutes ? Dans un environnement professionnel, les organisations cherchent à prévoir, planifier, en clair se rassurer. En « management des situations de crise » l’enseignement dispensé à l’ENSOSP évoque une incompatibilité avec cette tendance à vouloir coute que coute maitriser son avenir. DOUTER, est une nécessité. Le cadre en situation de crise, quel que soit son statut, doit faire le deuil des certitudes pourtant si « confortables ».

Le modèle décisionnel rationnel, n’est pas celui que notre enseignement dans le domaine de la crise privilégie. Le modèle « naturaliste », au mieux le modèle « satisfaisant » sont développés.

Notre jargon opérationnel tend à laisser croire, qu’une des actions du cadre face à une situation de crise est de « lever le doute », or, est-ce possible ? L’incertitude n’est-elle pas une donnée constante en situation de crise, comme d’ailleurs dans le pilotage de nos organisations ? Différents outils sont développés en formations supérieures pour réduire cette incertitude, l’apprivoiser pour mieux vivre avec…

Plateau technique – Stéphane ROUSSET

Il y a-t-il de l’incertitude chez le formateur dans l’acte d’évaluer le sujet apprenant ? Si oui, comment rendre compte de cet état ? Pour répondre à notre question nous partirons tout d’abord d’une réflexion courante que certains formateurs émettent en cours formation : « je ne suis pas sûr que l’élève à bien tout compris ». Cette interrogation nous semble pouvoir être approchée à l’aide de deux approches théoriques. L’une s’intéresse à la dynamique du système identitaire développé par Marisa Zavaloni (M. Zavaloni, 2007), l’autre s’intéresse à la didactique professionnelle autour de la conceptualisation dans l’action selon Pierre Pastré (P. Pastré, 2011). L’exposé essaiera de répondre à deux questions : l’élève a-t-il besoin de tout comprendre pour pouvoir agir sur son environnement ? Le formateur a-t-il besoin d’un tiers pour se sentir légitime pour juger ?

Cette journée, riche en débats et en témoignages, s'est tenue le 27 juin dernier au pôle pédagogique de l'ENSOSP, à Aix en Provence.
Dès avant la publication des actes, vous pouvez télécharger les présentations des intervenants et cadres pédagogiques de l'école en cliquant ci-dessous.

Audrey Senatore

Lien associé : http://www.ensosp.fr/SP/articles-ENSOSP/bande-annonce-du-colloque-l-incertitude-du-27-juin-2013

Publié le 19/07/13 à 14:08