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Le patrimoine aéronautique au service des personnes handicapées et des sapeurs-pompiers

30/06/15

Interview de M. Luc ADRIEN, président de l’Association CASTEL-MAUBOUSSIN, qui héberge le Centre de formation aéronautique SAINT-EXUPERY à Cuers- Pierrefeu (83) et qui est à l’origine d’un partenariat, aussi intéressant qu’innovant, avec le Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) du Lot (46) à travers un programme d’insertion baptisé « Handi Aéro Surveillance ». De plus, comme vous allez pouvoir le constater, à travers les propos de son président, l’association CASTEL-MAUBOUSSIN est une association qui « donne des ailes » à la notion de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) / responsabilité sociétale des organisations (RSO) !

PNRS : “Monsieur Luc ADRIEN, bonjour, pourriez-vous assez brièvement nous présenter l’association Castel-Mauboussin dont l’ambition est véritablement de mettre « le patrimoine aéronautique au service des personnes handicapées »”.

Luc ADRIEN : L’association Castel-Mauboussin (ACM) est fondée en 1955 par la volonté d’un pilote de ligne d’Air France, sensibilisé à la cause des personnes handicapées. En 1999, son école de pilotage, appelée «Centre de Formation Saint-Exupéry» est créée. L’ensemble de cette structure voit le jour sur l’aérodrome civil de Cuers-Pierrefeu (Var). Aujourd’hui, cette école unique en France a pour vocation de former des personnes handicapées aux métiers de l’aéronautique. Le premier objectif fut de faire reconnaître, par l’administration, un statut officiel de pilote professionnel handicapé, associé aux mêmes privilèges que ceux d’un pilote valide. Le 24 novembre 2003, le Ministre des Transports signait un décret en ce sens, permettant alors d’envisager une suite professionnelle à la formation dispensée par l’ACM.
Les résultats obtenus sont à la hauteur de l’investissement humain réalisé :
1) emploi en vol : douze stagiaires d’ACM ont obtenu un CDD comme pilote et opérateur-système auprès du SDIS du Lot ;
2) emploi au sol : intégration d’un premier stagiaire d’ACM, sans emploi depuis plus de 10 ans, chez Air France avec un CDI, en qualité de «qualiticien aux opérations aériennes», action qui a permis à l’ACM de recevoir le trophée du meilleur parcours d’intégration par l’Union Patronale du Var ;
3) réglementation : l’arrêté ministériel du 24 novembre 2003 autorise désormais les personnes handicapées moteur à accéder à la licence de pilote professionnel avion ;
4) objectif premier atteint (SPVE) : pour la première fois en France des personnes handicapées sont recrutées par un SDIS sous statut de Sapeur-Pompier Volontaire Expert (en reconnaissance aérienne). Cette intégration dans les effectifs du SDIS du Lot constitue un signal fort de reconnaissance qui vient récompenser le travail collaboratif accompli par ces pilotes depuis 2002 aux côtés des sapeurs-pompiers dans le cadre des missions de service public d’incendie et de secours ;
5) renommée : les ministères, les entreprises et les médias montrent maintenant un intérêt croissant aux actions entreprises par l’ACM. L’objectif d’ACM est de faire de ces structures, « Handi Aéro Insertion », de véritables « vitres de l’intégration ». Cela demandera à ACM et à l’entreprise d’insertion qui lui est liée non seulement de continuer à mobiliser tous les acteurs sociaux, économiques et de sécurité publique mais à en élargir le champ pour mettre en place avec succès ce nouvel outil exemplaire d’intégration au service de la collectivité.

PNRS : “Comment le programme « Handi Aéro Surveillance », qui fait partie de ces structures « Handi Aéro Insertion » que vous venez d’évoquer, a-t-il vu le jour ?”

L.A. : Août 2002, une jeune pilote d’avion de 27 ans, Dorine BOURNETON, paraplégique, «déplore qu’à ce jour, une personne handicapée peut tout au plus obtenir son brevet de pilote privé, mais sans pouvoir pratiquer une activité professionnelle aérienne». Le SDIS du Lot a chargé la jeune femme d’une mission expérimentale et bénévole avec M. Alexandre PIERRE de surveillance aérienne des feux de forêt dans le département. L’année suivante, un heureux partenariat se noue entre le SDIS du Lot et l’ACM : le programme expérimental «Handi Aéro Surveillance» est né, ainsi que la richesse des innovations que cela va engendrer. Finalement, en novembre 2003, un arrêté interministériel autorise l’accès aux personnes handicapées au brevet de pilote professionnel.

• PNRS : Depuis ce « partenariat heureux» et l’arrêté ministériel de 2003 qui est venu consacrer la possibilité, pour une personne handicapée, de passer son brevet de pilote professionnel, y-a-t-il eu d’autres innovations notables associées à l’opération « Handi Aéro Surveillance » ?

L.A. : L’opération appelée «Handi Aéro Surveillance» a consisté à mettre en place un dispositif de surveillance aérienne du territoire lotois en période à risque. Ce système basé sur l’utilisation d’un aéronef dédié et piloté par des personnes handicapées titulaires d’un brevet de pilote privé ou professionnel, permet la mise en œuvre d’une surveillance aérienne et une détection, la plus précoce possible, des départs d’incendie. Elle permet également la localisation et le déclenchement des moyens de lutte proportionnée aux besoins. Elle permet enfin de communiquer des informations opérationnelles utiles à la lutte contre l’incendie considéré et à l’engagement des équipes d’intervention en sécurité. Au départ, nous n’avions pas mesuré le réel potentiel que pouvait nous offrir « Handi Aéro Surveillance »… C’est aujourd’hui, avec le recul, que nous réalisons la succession des innovations liées à « Handi Aéro Surveillance ». Les partenariats avec les entreprises aéronautiques, les services opérationnels de l’État et les partenaires sociaux ont, en effet, permis de belles innovations dans tous les domaines, techniques, humains ainsi que dans la mutualisation interministérielle et interentreprises :

  • Thales, par son système de prises de vues infra rouge sur plateforme gyrostabilisée fixée sous l’avion et manipulée par un second personnel handicapé embarqué ;
  • Dassault-Aviation, par son ingénierie permettant l’intégration de ce dispositif sur l’avion et les améliorations du système de pilotage (malonnier électrique) ;
  • iTolosa, par son dispositif de géo localisation automatisée et en temps réel de prises de vues aéroportées…

Aujourd’hui, l’avion permet de communiquer des informations opérationnelles utiles à la lutte contre l’incendie. Cette expérience a permis d’obtenir des résultats probants :

  • la prévention : campagne de communication et nombres articles de presse du SDIS 46 ;
  • la localisation précoce des départs de feux a contribué à acheminer de manière plus rapide et plus proportionnée les moyens terrestres de lutte ;
  • l’aide à la décision à destination des commandants des opérations de secours au sol, les conduisant à engager leurs équipes plus efficacement et en sécurité.
• PNRS : “votre expérience aux commandes de l’association Castel-Mauboussin, que nous pourrions volontiers qualifier « d’association humaniste », vous amène t- elle à porter un regard particulier sur les notions de Développement Durable et RSO ?”

L.A. : Le DD sert à recevoir «un process» en améliorant nos impacts négatifs dans nos environnements. Ici, la RSO et l’éthique replacent l’homme et ses responsabilités face au futur. Toutes ces étapes réalisées montrent à quel point la RSO est un vecteur de possibles, car elle innove :

Pour les droits de l’Homme, en général, et le handicap en particulier.

  • de la licence de pilote professionnel à l’intégration dans le corps des sapeurs-pompiers comme sapeur-pompier volontaire expert ;
  • l’ouverture à d’autres métiers dans l’aéronautique ;

Dans le domaine de la « relation » aux conditions de travail.

  • accès aux personnes handicapées à la licence de pilote professionnel
  • création de l’avion de reconnaissance HORUS 46.

Pour l’environnement.

  • lorsque l’ACM et le besoin de modernisation du matériel de surveillance du SDIS se sont rejoints autour d’un intérêt commun, la qualité de traitement
  • des incendies ont été mieux maîtrisés et la chaîne des hommes renforcée.
• PNRS : “En dehors d’« Handi Aéro Surveillance », l’ACM est-elle engagée dans d’autres programmes ou actions à « forte valeur humaine ajoutée" ?

LA : Le partenariat, lors de stages de survie en mer (apprendre à évacuer un aéronef abimé en mer) a permis de rassembler les ministères des Finances et de l’Intérieur, auquel la Santé pourrait s’associer. Renouveler ces échanges favoriserait la mise en place d’outils de formation à bas coûts. Ce partenariat permet aussi aux stagiaires handicapés de transmettre par ces actions, l’abnégation, le courage et la persévérance qui manquent parfois aux personnes valides !

• PNRS : “ Lorsque l’on vous écoute parler, Monsieur ADRIEN, l’on se dit que le domaine de l’aéronautique est un domaine susceptible de « donner des ailes » à la RSO grâce à un fort potentiel d’insertion professionnelle et sociale des personnes en situation de handicap, qu’en est-il selon vous ?

LA : Domaine emblématique, le secteur aéronautique donne une lisibilité très forte en matière d’insertion professionnelle des personnes handicapées. C’est pourquoi les enjeux socio-économiques orientent naturellement l’ACM à dépasser le stage expérimental et à se doter de structures professionnelles de formation et d’insertion dont la viabilité est aujourd’hui étudiée et qui nécessiteront le concours du plus grand nombre de partenaires.

Publié le 30/06/15 à 08:00