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Actualité

Mémoire produit dans le cadre de la formation d'adaptation à l'emploi de chef de groupement, 2017

La maintenance préventive des véhicules, facteur d'efficience des services d'incendie et de secours

29/03/18

INTRODUCTION
La Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises (DGSCGC) et le Service de l’Achat de l’Equipement et de la Logistique de la Sécurité Intérieure (SAELSI) sont au cœur des enjeux que représentent aujourd’hui la gestion des parcs roulants des services d’incendie et de secours. Le Bureau de la Doctrine, de la Formation et des Équipements (BDFE) a donc exprimé le souhait auprès de l’Ecole Nationale des Officiers de Sapeurs-pompiers Professionnels (ENSOSP) qu’une analyse détermine les impacts de la maintenance préventive sur la disponibilité des engins d’incendie et de secours. Celle-ci nous a été initialement présentée en ces termes :

« Dans un contexte budgétaire contraint, chaque responsable de SDIS se doit d'améliorer son organisation technique et logistique pour assurer une réponse adaptée aux missions des services d'incendie et de secours. De par son impact direct sur les équipements, la maintenance préventive des engins d'incendie et de secours est devenue un levier de performance incontournable qui conditionne la qualité des services. En conséquence, l'étude demandée devra, après l'analyse des différents processus de maintenance préventive mis en œuvre dans les SDIS, définir une ou plusieurs stratégies afin d'optimiser les opérations de maintenance, sachant que l'objectif principal est d’assurer la qualité de service, de réduire l'indisponibilité des véhicules d'incendie et de secours et ainsi de définir un mode de comparaison sur les coûts de possession.»

Le sujet proposé part du constat suivant : dans le contexte financier actuel, les cadres en charge de la gestion des établissements et collectivités publiques se doivent d’optimiser l’ensemble des processus supports tout en maintenant la qualité de service.

Dans la formulation proposée, le terme “maintenance préventive” revient comme un leitmotiv sans que sa définition ne soit clairement abordée. D’après la norme AFNOR NF EN 13306, la maintenance préventive est définie comme la “ maintenance exécutée à des intervalles prédéterminés ou selon des critères prescrits et destinée à réduire la probabilité de défaillance ou la dégradation du fonctionnement d’un bien ”. La maintenance étant elle-même définie comme “l’ensemble de toutes les actions techniques, administratives et de management durant le cycle de vie d'un bien, destiné à le maintenir ou à le rétablir dans un état dans lequel il peut accomplir la fonction requise ”.

Ces premières définitions mettent en évidence le fait que d’une part, la maintenance préventive n’a vocation qu’à réduire le risque d’indisponibilité et d’autre part, que les opérations de maintenance nécessitent d’être intégrées durant toutes les phases de vie du bien et pas uniquement lors des phases de fonctionnement. La maintenance préventive doit donc être dissociée de la maintenance corrective qui vise à remettre en état de fonctionnement un bien indisponible pour cause de défaillance ou de casse.

S’il semble évident que la maintenance préventive participe à la qualité de service, puisqu’elle contribue à assurer la disponibilité opérationnelle des équipements nécessaires à l’accomplissement d’une mission, il convient cependant de s’interroger sur la notion de qualité de service afin de mieux en définir les enjeux.

Comme souligné dans le rapport « la qualité des services publics », la définition de la qualité pour un service public gratuit est un exercice complexe. En effet, les attendus de chaque citoyen peuvent connaître de fortes divergences, d’autant plus que, comme précisé par cette étude, le service public rendu cherche également à satisfaire les attentes des pouvoirs publics garants de l'intérêt général. Pour le citoyen et sous une approche technique liée aux véhicules de lutte contre l’incendie, l’enjeu lié à la qualité de service serait de disposer rapidement, le moment venu et sur le lieu du sinistre, d’un engin d’incendie permettant aux sapeurs-pompiers de remplir leur mission : lutter contre l’incendie. Pour nos établissements, les enjeux liés à la sécurité des agents, à la bonne distribution des secours ainsi qu’à la protection juridique, sont les composantes principales conditionnant la qualité de service.

Ainsi, la disponibilité des véhicules d’incendie et de secours ne doit pas être considérée comme un objectif à atteindre par la mise en place d’une stratégie de maintenance mais comme un indicateur de performance.

Après analyse des différentes notions abordées et compte-tenu des attentes du BDFE, le sujet de ce mémoire a été reformulé de la façon suivante : « La prise en compte de la maintenance préventive des véhicules, facteur d’efficience des services d’incendie et de secours ».

Dès nos premiers travaux de recherche, nous avons pu mesurer que cette thématique n’a été que très peu abordée au sein de la profession. En effet, si de nombreux travaux ont porté sur la mise en œuvre des processus de maintenance et la maîtrise de leurs coûts, les questions de stratégies globales de maintenance n’avaient pas fait l’objet de publication.

Après la phase de départementalisation, les études avaient essentiellement pour sujet les opportunités et les risques offerts par l’externalisation de la maintenance. Les études s’orientent désormais vers les effets des mutualisations. Cette tendance s’explique en partie par la volonté politique, de plus en plus prégnante, d’opérer un rapprochement avec les services des conseils départementaux et d’améliorer la coopération entre services d’incendie et de secours.

Afin d’identifier de nouvelles pistes d’économies, il nous a paru opportun de revoir totalement l’approche qui peut être faite de la maintenance préventive en ne la considérant plus uniquement comme une contrainte financière consécutive à l’achat d’un bien, mais bien comme un processus à optimiser durant toutes les étapes de la vie de l’équipement.

Ce principe a été conceptualisé dans le monde industriel sous le terme de « Soutien Logistique Intégré». Cette démarche vise à prendre en compte l’impact de la maintenance, de la phase de conception à celle d’élimination du produit, dans le but d’optimiser le couple “ disponibilité opérationnelle / coût global de possession ”.

En dehors des biens immobiliers, la majorité des acquisitions d’équipements par les services d’incendie et de secours porte sur des produits déjà disponibles sur le marché, dits « sur étagère », pour lesquels le pouvoir adjudicateur n’intervient que très peu lors de sa conception. Pour cette raison, nous avons décidé de débuter notre champ d’étude à la phase d’acquisition.

Équipements indispensables à la réalisation de nos missions, les véhicules d’incendie et de secours nous sont apparus comme le matériel le plus adapté à notre cadre d’étude, compte-tenu notamment du montant des investissements que représente l’acquisition de ce type d’équipement et des sommes engagées chaque année dans les opérations de maintenance. Par ailleurs, la fin de vie de ces équipements, après réforme, ne sera prise en compte qu’au titre de leur valeur résiduelle obtenue lors de leur cession.

Au vu des éléments de contexte et du périmètre d’étude, nous avons structuré notre réflexion autour d’une approche systémique de la maintenance préventive. Dans ce but, la méthode SWOT (annexe 1) nous a permis d’identifier les points forts et les opportunités externes à développer, mais aussi les faiblesses et les menaces auxquelles les SIS sont confrontés.

Lors des différents échanges, avec le chef du BDFE et notre directeur de mémoire, le sujet initial a été explicité en termes d’enjeux mais également d’objectifs finaux à atteindre.

Nos travaux ont été menés en complémentarité avec la mission confiée au SAELSI visant à élaborer un guide d’aide à la mise en œuvre d’une démarche de maintenance préventive. Notre étude s’attachera à en démontrer l’intérêt.

Les entretiens préliminaires que nous avons pu mener avec plusieurs acteurs de la maintenance, ainsi que l’analyse de différentes publications sur ce domaine, sont venus conforter l’axe d’approche choisi. Ainsi, nos travaux préparatoires ont permis de reformuler le sujet selon l’approche interrogative suivante :« Comment la maintenance préventive des engins d’incendie et de secours peut elle permettre d’optimiser l’efficience d’un Service d’Incendie et de Secours? "

Compte-tenu de la dominante technique de ce sujet et de l’impact financier que représente la maintenance préventive, il nous a semblé opportun de baser notre étude selon ces deux approches (cf. : annexe 2 - carte heuristique). Les deux hypothèses retenues devraient nous permettre de répondre à la question de recherche définie précédemment :

Hypothèse 1 : Les caractéristiques techniques associées à une logistique de maintenance permettent d'optimiser la disponibilité opérationnelle des engins d'incendie et de secours.

Hypothèse 2 : Si la maintenance préventive est intégrée dès la phase d'acquisition, alors le coût global de possession de celui-ci s'en trouvera diminué.

Afin d’apporter une réponse cohérente et étayée à notre étude, nous avons, dans un premier temps, réalisé un état de l’art de la maintenance préventive. Celui-ci nous a permis de mieux identifier les différents processus de maintenance et de rechercher les leviers d’optimisation mis en œuvre par d’autres organismes et transposables dans les SIS.

Dans un second temps, différentes enquêtes dites « de terrain » ont été réalisées sous forme de questionnaires ou d’entretiens, tant auprès des fournisseurs que des utilisateurs (dont les SIS). Nous avons veillé à ce que l'échantillonnage puisse être représentatif des différents services d’incendie et de secours et des organismes extérieurs. Lors de la consultation des SIS nous avons pu remarquer l’intérêt suscité par ce sujet avec un taux de réponse de près de 60 % à notre questionnaire.

A l’issue, la mise en cohérence des enquêtes et la vérification des hypothèses énoncées initialement ont permis d’identifier des préconisations à destination des cadres de services d’incendie et de secours.

Pour lire la suite du mémoire, veuillez consulter le lien ci-dessous.

Auteurs :

  • Commandant François GONZALEZ, SDIS 56
  • Commandant Laurent MORDRET, SDIS 72
  • Commandant Jean-François PANTAIS, SDIS 49
  • Commandant Romain PASQUALOTTI, SDIS 14

Directeur de mémoire : Commandant Francis MAGNOLINI, chef de la section équipement, BDFE, DGSCGC

Publié le 29/03/18 à 13:06