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Actualité

Les registres de la logistique des situations extrêmes

DES EXPEDITIONS POLAIRES AUX SERVICES D’INCENDIES ET SECOURS

11/05/12

L’objet de cette contribution est d’une part de définir ce que nous entendons par logistique des situations extrêmes et d’autre part de décliner les premiers registres d’une telle logistique tout en la resituant vis-à-vis à du corpus des sciences de gestion à partir de deux terrains celui des expéditions polaires et celui des services d’incendies et de secours.


Référence : Lièvre P. et Gautier A., Les registres de la logistique des situations extrêmes : des expéditions polaires aux services d’incendies et de secours, Revue Management et Avenir, n°spécial « Piloter des supply chains : quels enjeux inter organisationnels et réticulaires ? », n°24, 2009/4, p. 196-216.

A l’origine ce programme était centré sur les expéditions polaires, il se développe aussi aujourd’hui sur les services d’incendies et de secours. L’objet de ce papier est d’une part de définir ce que nous entendons par logistique des situations extrêmes ce qui constituera notre première partie et d’autre part de décliner les premiers registres d’une telle logistique en la resituant à la fois du point de vue de situation plus classique de gestion et aussi vis-à-vis du corpus des sciences du management, ce qui fera l’objet de notre deuxième partie. Cette réflexion s’appuie sur un travail engagé par Nathalie Fabbe-Costes et Pascal Lièvre (2002) qui a fait l’objet d’un article dans la revue « Logistique et Management » qui visait d’une part à caractériser la logistique des expéditions polaires comme une logistique des situations extrêmes et d’autre part à la positionner en référence avec une logistique d’entreprise plus classique. Les différentes thématiques que nous avions relevées dans cet article ont fait l’objet de nombreux approfondissements ultérieurement dans le cas des expéditions polaires (Lièvre, 2005), ils servent aujourd’hui de trame à une lecture des services incendies secours, preuve de leur caractère générique et de leur fécondité.

1. La logistique des situations extrêmes : positionnement et présentation des terrains

1.1. Positionnement

Revenons en premier lieu sur la notion de situation extrême de gestion, puis nous préciserons ce que nous entendons par logistique. Pour définir une situation de gestion, nous suivons la piste ouverte par Jacques Girin (1990) et reprise par Journé et Raulet-Croset (2008). Une situation de gestion se présente selon Jacques Girin (1990 p142) « lorsque des participants sont réunis et doivent accomplir dans un temps déterminé, une action collective conduisant à un résultat soumis à un jugement externe. » Nous la qualifierons d’extrême lorsqu’elle présente trois caractéristiques : elle est évolutive, incertaine et risquée (Lièvre, 2005). Clarifions les différents termes. Une situation « extrême » est une situation évolutive car elle apparaît pour un groupe d’acteurs comme présentant une certaine rupture par rapport à sa vie ordinaire, quotidienne, habituelle (Rivolier, 1998). Il y a donc un écart entre une situation antérieure et une situation actuelle et/ou une situation actuelle et une situation future. Cet écart peut être plus ou moins grand. Deuxième notion, le contexte apparaît pour les acteurs comme incertain. Nous sommes ici en présence d’une incertitude radicale des situations au sens de Knight où la probabilité d’apparition d’un événement n’est pas mesurable, où le nouveau peut apparaître (Orléan, 1986), où l’imprévisible est possible comme l’exprime Jean Louis Le Moigne (1990). Troisième critère, nous sommes en présence d’une situation à risque c'est-à-dire une situation où la possibilité qu’un évènement non souhaité survienne ne peut pas être écartée et que celui-ci cause des dommages plus ou moins importants à l’organisation. Nous sommes ici dans une perspective classique du risque. Mais ces risques ne sont pas toujours mesurables.

Centrons-nous maintenant sur ce que nous entendons par logistique. La logistique est une notion polysémique comme nous allons le montrer ci-dessous mais dont le fond commun serait de constituer une démarche pratique stratégique de mise en œuvre organisationnelle tant dans ses dimensions techniques qu’humaines, reposant sur une certaine philosophie de l’organisation où la notion de processus est déterminante (Lièvre, 2007).

La logistique est une pratique très ancienne de par ses origines militaires, et une discipline non moins ancienne en tant que mathématiques appliquées. Ainsi, on trouve des traces écrites de ces deux notions de la logistique au Vème siècle avant Jésus-Christ, d’une part, en Chine chez Sun Tsu, d’autre part, en Grèce chez Platon. D’un coté, il s’agit d’une pratique réflexive centrée sur le problème majeur de l’art de la guerre qui est celui de la conduite de l’armée sur le terrain. De l’autre, il s’agit d’isoler dans le champ des mathématiques, celles qui peuvent avoir des applications pratiques immédiates, des autres, les mathématiques pures, les plus nobles. Platon se proposera d’appeler ce registre « logistikos ». Ces deux façons de parler de la logistique vont se développer jusqu’à aujourd’hui : l’une plutôt dans les sciences de gestion, l’autre plutôt dans les sciences de l’ingénieur. Elles vont aussi se combiner aussi bien dans le champ militaire que dans le domaine de l’entreprise.

Nous avons rendu compte de ces évolutions historiques dans un livre récent (Lièvre, 2007) aboutissant à identifier d’une manière générale différentes façons de faire de la logistique. Il nous semble possible d’identifier quatre manières d’aborder la logistique que l’on peut décliner comme des polarités opposées. Nous les avons nommés : optimisation logistique, logistique expérientielle, gestion des flux, gestion par les flux. Il est possible d’opposer ces différentes polarités autour de deux axes : l’axe vertical qui oppose une logistique d’optimisation à une logistique expérientielle, l’axe horizontal qui oppose une gestion des flux à une gestion par les flux. Revenons sur les oppositions entre ces différentes logistiques.

En premier lieu, une opposition entre une optimisation logistique et une logistique expérientielle. D’un coté, le registre de l’optimisation logistique est celui d’une mobilisation d’une logique « mathématique » pour résoudre des problèmes pratiques, de l’autre, la logistique expérientielle prend sa source dans la pratique même des acteurs sur le terrain, construite à partir de leurs capacités réflexives. D’un coté, le « vrai » de la solution logistique repose sur la mobilisation de la logique formelle pour répondre à un problème pratique, de l’autre, le « vrai » de la solution logistique repose sur la capitalisation de l’expérience humaine en matière de mise en œuvre organisationnelle. Nous sommes sur deux logiques de rationalisation différentes. La première relève de la recherche opérationnelle, la seconde d’une philosophie pragmatique au sens d’un Jean Baptiste Vico ou d’un William James. Il est possible de mobiliser d’une manière indépendante ces deux formes de rationalités pour résoudre le même problème. Pour le même problème du tracé du voyageur de commerce dans le département du Puy de Dôme, on peut utiliser un algorithme de chemin le plus court ou on peut mobiliser les connaissances d’un représentant qui a en charge ce département depuis dix ans.

Sur l’axe horizontal, deux conceptions de la logistique issues de l’entreprise s’affrontent (Tixier, Mathe, Colin, 1996 ; Fabbe-Costes, Colin, 1998) : la gestion des flux et la gestion par les flux. Il s’agit plus précisément d’une évolution historique de la logistique d’entreprise du passage d’une conception technique à une conception gestionnaire (Colin, 2004). Dans la cadre d’une logistique en terme de gestion des flux, on part du fait qu’il y a des flux physiques (des marchandises, par exemple) entre l’organisation et son environnement, et même au sein de l’organisation, et qu’il est possible de les rationaliser à partir de critères identifiés comme la réduction des coûts ou l’atteinte d’une certaine « qualité ». Dans cette tentative de rationalisation, on sera amené à appréhender les flux d’information qui pilotent les flux physiques. Cette rationalisation est au service de la stratégie de l’entreprise. On parle d’une stratégie logistique. Dans l’esprit d’une gestion par les flux, la problématique est fort différente puisqu’il s’agit de se doter d’une modélisation globale de l’organisation à partir de la notion de flux pour piloter l’organisation. Il s’agit de modéliser le fonctionnement de l’organisation en terme de processus allant jusqu’à rendre compte de l’enchaînement des opérations élémentaires. La stratégie de l’organisation va se développer à partir du potentiel organisationnel : c’est la logistique stratégique. Pour reprendre notre exemple du voyageur de commerce, dans une perspective de stratégie logistique, nous pouvons déterminer des critères de sélection dans la conception du planning des visites des clients qui répondent à la stratégie de l’entreprise par exemple en termes de réduction des couts. Mais nous pouvons aussi considérer dans une optique d’une logistique stratégique que tout contact de la force de vente auprès des clients est d’ordre stratégique parce qu’il permet de faire remonter les critères de satisfaction des clients en référence au produit, les éléments clés de la création de valeur. La forme de ces contacts devienne une source de valeur et non un simple cout que nous devrions minimiser. Nous sommes sur deux modes de rapport différencié d’une part entre les flux et l’organisation, et d’autre part, entre la logistique et la stratégie.

La perspective que nous suivons dans le programme de cette logistique des situations extrêmes est le cadran Sud-Est, celle d’une interface entre une logistique stratégique et une logistique expérientielle. Cette posture relève d’une démarche d’ingénierie organisationnelle (Le Moigne, 1990), voire même d’une ingénierie organisationnelle ancrée (David, 2000) qui s’inscrit dans la perspective ouverte par Fabbe-Costes (1992) d’une logistique comme une gestion des flux acceptée dans toute sa complexité. Nous considérons la logistique (Lièvre 2005b) comme une technologie, au sens d’une science de conception (Simon 1991), de rationalisation d’une organisation en vue de son pilotage. Cette organisation fait l’objet d’une modélisation en termes de processus (Le Moigne, 1990) à même de rendre compte des interactions entre des flux d’information et des flux de matières. La modélisation est orientée par le projet du logisticien vis-à-vis de l’organisation et prend comme base les processus d’action des acteurs en situation effective. En faisant du cœur du modèle l’activité des acteurs en situation, nous intégrons de fait le versant subjectif des acteurs en cause dans l’organisation, c'est-à-dire les flux expérientiels au sens de Weick (2001), les flux de signification au sens de Jacques Theureau (2006).

1.2. Présentation des deux terrains et méthodologie

1.2.1. La logistique d’une expédition polaire

Une expédition polaire est une organisation éphémère qui prend la forme d’un projet qui voit le jour autour d’un objectif relativement précis comme une traversée, l’atteinte d’un sommet, d’un point mythique, dans un but scientifique ou de loisir... On peut considérer que l’organisation émerge à partir du moment où le projet est affiché d’une manière explicite (étape 1). C’est autour de l’objectif que vont se rassembler un certain nombre d’acteurs. Traditionnellement, le chef d’expédition, pivot de l’organisation, est celui qui a eu l’idée du projet. C’est lui qui va recruter les autres membres de l’expédition (étape 2). Le recrutement est délicat car de nombreux critères doivent se combiner. Mais le projet peut s’arrêter là faute de « combattants » compatibles, puis reprendre deux ans après suite à des rencontres, ou jamais. En fonction du niveau de difficultés de l’expédition, le temps de préparation (étape 3) peut être évalué entre 6 mois et deux ans. Pendant ce temps, le groupe va se documenter, rencontrer des experts, se répartir les tâches, planifier le déroulement idéal de l’expédition, acheter du matériel et le tester, mettre en place des apprentissages individuels et collectifs, monter le dossier administratif et financier ; pour pouvoir partir le jour “ J ”. L’expédition proprement dite (étape 4) se déroule sur le terrain sur une période précise encadrée par les trajets aller et retour en avion, sauf incident majeur qui peut obliger l’expédition à s’interrompre et à se voir rapatriée jusqu’à un lieu civilisé. La durée de l’expédition sur le terrain peut être comprise entre 8 et 60 jours. L’expédition ne s’arrête pas lors du retour des expéditeurs à leur domicile respectif, mais elle s’achève lorsque les comptes financiers sont clos ainsi que les engagements pris vis-à-vis des sponsors, des partenaires scientifiques ou des organismes ayant subventionné l’expédition (étape 5). En fonction des opérations évoquées ci-dessus, l’organisation peut se prolonger quelques mois ou plusieurs années après l’expédition proprement dite.

La logistique d’une expédition polaire est par conséquent une logistique de projet « voulu » qui s’apparente à une démarche de soutien logistique intégrée (Fabbe-Costes, 2001) et à du co-pilotage de projet co-conçu (Avenier, 1997). Elle commence à se définir dès que l’équipe est constituée (au tout début de l’étape 3) et s’achève avec l’expédition (fin de l’étape 5). Pour les praticiens, l’expérience logistique acquise lors de précédentes expéditions (notamment pendant de précédentes étapes 4) joue un rôle déterminant dans la définition même de l’objectif de l’expédition (meilleure connaissance du champ des possibles). Une certaine reproductibilité des situations incite à capitaliser l’expérience logistique acquise et permet la réutilisation possible de solutions logistiques d’une expédition à l’autre. Cette logistique est conditionnée par le fait que l’organisation présente deux caractéristiques : elle est virtuelle et autonome. L’organisation est virtuelle dans le sens où elle n’a pas en règle générale de statut juridique propre : elle est largement informelle. Le rôle du chef d’expédition est discriminant dans la performance de l’organisation. Elle est aussi autonome surtout dans la phase sur le terrain où il n’y a pas de possibilités de ravitaillement, d’assistance sauf lors de l’émergence d’un problème grave qui oblige à déclencher les opérations de secours. La phase de préparation est essentielle.

1.2.2. La logistique d’une opération des Services d’Incendies et de Secours

Une opération des sapeurs pompiers est une organisation éphémère encadrée par la loi du 3 mai 1996 avec l’attribution d’une compétence exclusive aux Services Départementaux de Secours et d’Incendie (SDIS) dans le domaine de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies (Rapport thématique n°11 de la Cour des Comptes, 2004). C’est pourquoi l’organisation des interventions est définie par des doctrines telles que la Marche Générale des Opérations qui comporte les différentes étapes que sont : la reconnaissance des lieux du sinistre préalable à tout engagement de moyens afin de définir la mise en place du dispositif assurant la sécurité des intervenants et l’efficacité des actions (étape 1) ; la mise en sécurité qui correspond à la protection des enjeux et notamment aux sauvetages des victimes potentielles ou avérées (étape 2) ; l’attaque du feu dont l’objectif est l’extinction au moyen d’une sectorisation du feu (tête ou front de flamme, flanc droit, flanc gauche, queue) pour une répartition des missions tactiques (étape 3) et enfin la surveillance après l’extinction pour éviter le risque de reprise (étape 4).

La logistique des opérations des SDIS relève d’une logistique de projet « subi » qui présente des caractéristiques d’urgence et même de crise. En effet, cette logistique dépend de la mise en place de multiples réseaux d’information ; ceux-ci étant de quatre types : les réseaux de commandement réservés aux autorités hiérarchiques pour la prise de décision, les réseaux opérationnels permettant la liaison entre les moyens sur le terrain et leurs centres de secours ; le réseau « sécurité-accueil » qui assure une double fonction à titre de point de transit pour l’entrée des différents moyens sur les lieux de l’incendie et une fonction de sécurité en cas de danger vital (exemple : un camion encerclé par le feu) et les réseaux tactiques qui sont des réseaux temporaires permettant une communication sur le terrain de l’opération. Cette configuration organisationnelle laisse apparaître toute la complexité des interventions qui se caractérise essentiellement par une logistique en flux tirés pilotés par des flux d’informations ainsi que par des objectifs imposés par la réglementation. Lors d’une alerte, l’information est « remontée » par les premiers engins engagés et situés au plus près du lieu de l’événement. Ce sont eux qui par leur connaissance et leurs observations, vont demander des renforts terrestres et aériens à la cellule de décision départementale (CODIS). Le centre de décision départemental centralise l’information pour formuler les demandes nécessaires auprès des centres de secours, des GIFF (Groupes d’Intervention Feux de forêt) déjà prépositionnés sur le terrain ou de l’état-major pour une demande en renfort de moyens nationaux (aériens ou relevant de la compétence professionnelle de la sécurité civile dont le département ne dispose pas). Les moyens sont donc pilotés par des flux d’informations (verbalisés ou écrits) en fonction des besoins émis par les premiers intervenants. La gestion des moyens s’inscrit donc dans une logique processuelle de pilotage par l’aval au moyen d’une satisfaction précise de la demande formulée. Par la suite, la gestion opérationnelle s’effectue par point de situation, autrement dit par un message structuré annonçant l’état de la situation et les enjeux en cours ou à venir. Ces informations transmises par voie aérienne ou par voie terrestre conditionnent le dimensionnement plus ou moins important de l’opération. Il s’agit d’une lourde difficulté dans la mesure où un événement suppose de gérer une pénurie de moyens dans la mesure où les intervenants doivent être relevés régulièrement quelle que soit leur fonction opérationnelle. Cela signifie que suivant la durée de l’intervention et la situation au niveau du territoire, le département sera amené à gérer l’opération en flux tendus. Ainsi, l’organisation d’une intervention présente un caractère changeant et permanent dans sa structure technique comme humaine ne permettant pas de planifier la gestion du risque, ni de s’assurer des compétences connues puisque le recrutement s’effectue lors de l’opération selon les disponibilités de chacun. La passation de consignes lors des relèves s’avère une étape déterminante de l’action pour assurer la bonne continuité des opérations.

1.2.3. Méthodologie

Depuis le démarrage de ce programme en 2000, nous travaillons à dégager des registres à même de spécifier la nature de cette logistique des situations extrêmes, mais aussi à se positionner par rapport à des situations plus classiques de gestion et aussi vis-à-vis du corpus des sciences de gestion. Ces registres ont fait l’objet d’un travail en collaboration avec Nathalie Fabbe-Costes suite à un colloque sur la logistique en milieux extrêmes (Lièvre, 2001) où nous avions confronté le point de vue de chercheurs et de praticiens experts autour de la logistique des expéditions polaires. Ces registres ont fait l’objet d’une première formulation dans un article (Fabbe-Costes, Lièvre, 2002) intitulée : « La logistique des expéditions polaires : caractéristiques et apports à la logistique classique ». Nous écrivions « La confrontation entre la logistique des expéditions polaires et la logistique classique nous a conduit à identifier quelques points de différence qui sont autant de potentiels apports de la logistique des expéditions polaires à la logistique classique » (Fabbe-Costes, Lièvre, 2002, p.35). Nous avions ainsi listé sept points qui ont fait l’objet d’approfondissements dans nos travaux ultérieurs dont nous avons rendu compte dans le cadre de notre Habilitation à Diriger des Recherches « Vers une logistique des situations extrêmes » (Lièvre, 2005a). Nous avons finalement regroupé ces différents registres en cinq points : la construction des objectifs logistiques, l’intentionnalité des acteurs, la combinaison anticipation/réactivité, la cohésion de l’équipe, la robustesse du matériel et nous avons ajouté un sixième thème : le retour d’expérience. C’est à travers ce prisme que nous avons engagé une lecture des services secours incendie. Cette réflexion peut être considérée comme un produit dérivé de nos travaux à la fois sur les expéditions polaires et les services secours incendie. Nous travaillons sur l’organisation des expéditions polaires et de services secours incendie dans une posture de recherche-intervention au sens large selon l’expression de David (2000, p.202). Dans une telle démarche, comme il le rappelle (David, 2000, p.204), il y a toujours au minimum une observation de ce qui se passe sur le terrain et une aide à la conception et à la mise en œuvre de changements concrets au sein des organisations étudiées. Mais surtout il y a un renoncement à une prétendue neutralité de l’observateur vis-à-vis du terrain. Il y a une co-construction de la position du chercheur au sein de l’organisation étudiée qui fait que potentiellement tout chercheur dans cette posture est en situation d’intervention. Cette position n’est jamais acquise : elle se construit dans le déroulement de la recherche et du coup l’intervention peut prendre des formes multiples à la fois prévisibles et déterminées au préalable, mais aussi imprévisibles, émergentes. Dans tous les cas, il s’agit de comprendre en profondeur le fonctionnement du système ce qui suppose une présence longue et continue du chercheur sur le terrain. Pour les expéditions polaires, il s’agit de l’investigation de six expéditions en Arctique in vivo et in extenso (Lièvre, 2005a) depuis 1998. Pour les services secours incendie, il s’agit d’un suivi sur deux saisons estivales (6 mois de présence sur le terrain) du fonctionnement de l’état-major de zone de défense sud (15 départements) et les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) des Pyrénées-Orientales (Gautier, 2007).

2. Les registres de la logistique des situations extrêmes

Il est possible de dégager quelques thèmes qui apparaissent comme les premiers enseignements d’une logistique des situations extrêmes en ayant en perspective des situations plus classiques de gestion et le corpus des sciences du management d’une manière générale. Il s’agissait d’emblée de se situer à un niveau de généralité qui conserve un sens pour les praticiens mais aussi qui fasse le lien avec des travaux de recherche en logistique et plus généralement en sciences de gestion. Nous nous situons ici au niveau des théories intermédiaires au sens d’Albert David (2000). Ce sont les mêmes registres que nous travaillons depuis plusieurs années et qui constituent encore aujourd’hui la trame de notre propos avec la spécificité qu’ils trouvent tout à fait leur sens sur un autre terrain comme celui des services d’incendies et de secours, preuve du caractère générique de nos travaux.

2.1. Renoncer au stéréotype des objectifs et des critères de performance au sein d’une organisation

Le premier enseignement concerne la définition des objectifs d’une logistique “ adaptée ”. La logistique des expéditions polaires s’articule autour des objectifs 1) d’autonomie, 2) de sécurité, 3) d’impact zéro au plan écologique et 4) de respect des budgets. Les organisations de sécurité civile développent des objectifs d’intervention et de dimensionnement des opérations qui sont conditionnés par la nature des enjeux que sont respectivement 1) la protection des personnes, 2) des biens et 3) de l’écosystème. En feux de forêt comme en feux urbains, l’extinction d’un incendie n’apparaît pas toujours comme une priorité et dépend des conditions autorisant la pratique des sauvetages en toute sécurité. La marche générale des opérations en feux de forêt enseignée en formation est définie par un scénario composé de quatre phases : la reconnaissance de la situation, la mise en sécurité des personnes et des biens, l’attaque du feu et la surveillance après l’extinction pour éviter tout risque de reprise. Cet ordre spécifique dans la gestion opérationnelle met particulièrement bien en évidence la nécessité d’orienter prioritairement les capacités organisationnelles en moyens et en ressources disponibles à l’instant « t » aux opérations de sauvetage. L’expérience polaire et celle de la gestion du risque incendie montrent non seulement qu’il existe d’autres objectifs possibles que le tryptique coût-délai-qualité (sans pour autant l’exclure) mais que ceux-ci sont intimement liés au milieu où s’exerce la logistique. L’expérience des expéditeurs polaires comme celle des sapeurs-pompiers confirme aussi un principe clé, parfois négligé dans l’entreprise, la définition des objectifs est un préalable à toute construction d’un dispositif logistique. Elle confirme aussi que les objectifs ne sont pas donnés mais construits par et pour l’organisation qui la met en œuvre et que la hiérarchie entre les différents objectifs retenus a son importance.

Toutefois, il convient d’admettre que la gestion du risque incendie présente une particularité plus connue sous le nom de « part du feu ». Cette pratique correspond à un choix géographique rationnel du décideur (COS) dans la protection d’un axe prioritaire. Si la situation le justifie, le décideur peut positionner des moyens de lutte afin de produire une action plus efficace au prix d’un sacrifice sur une partie des enjeux. Dans ce cas, faire la « part du feu » signifie qu’une partie de l’incendie sera volontairement laissée en propagation libre au profit d’une meilleure action à un endroit plus stratégique permettant sa maîtrise donc son extinction. Cet exemple montre que les objectifs ne mettant pas en cause le pronostic vital des acteurs impliqués (victimes, sinistrés, intervenants) peuvent être modifiés suivant l’importance des dommages causés ou de l’état de la situation à un moment donné. C’est le dilemme auquel les sapeurs-pompiers en lutte feux de forêt sont sans cesse confrontés dans le cas de situations évolutives, incertaines et risquées. Cet aspect mérite d’être souligné : la question des arbitrages dans les choix logistiques. Toute stratégie logistique repose sur des arbitrages. Là encore, l’expérience des expéditions polaires comme celle de la lutte en feux de forêt montre que l’arbitrage coût / qualité n’est pas l’unique possible et qu’il convient de bien identifier les zones de conflit entre les objectifs définis (tel que nous l’avons exposé dans le cas du feu de forêt avec l’exemple de la part du feu).

Dans les organisations à risque, la performance d’une organisation se pose de plus en plus en termes de fiabilité. Comment se construit ce critère en termes de performances organisationnelles en tension avec des critères plus classiques de gestion ? Nous rejoignons ici les termes d’un atelier de l’AIMS qui fait actuellement l’objet d’un appel à communication pour la revue M@n@gement dirigée par Erik Hollnagel, Benoit Journé, Hervé Laroche sur le thème « la fiabilité et la résilience comme dimension de la performance organisationnelle ». Ces différents résultats montrent d’une part que les objectifs de la logistique, y compris pour des organisations industrielles et commerciales, ne se réduisent pas toujours au classique triptyque coût-délai-qualité et d’autre part que les coûts (généralement leur réduction) ne sont pas nécessairement la priorité d’une organisation logistique. Il s’agit de construire des indicateurs de performance liés à ce que Nonaka et Takeuchi (1997) appellent l’intention singulière d’une organisation.

2.2. Investir l’engagement des acteurs et leurs intentionnalités au sein d’un dispositif logistique

La compétence des acteurs en situation extrême de gestion dépend fortement de la nature de leur engagement dans l’activité en cause. C’est la question de la place que prend l’activité pour un acteur donné par rapport à sa vie. Dans les deux cas qui nous intéressent les expéditions polaires et les sapeurs pompiers, l’activité est au centre de la vie des acteurs. On peut parler d’une passion pour nombre d’entre eux qui va jusqu’à prendre la place principale dans leurs vies personnelles. On peut identifier de nombreux écrits de la part des praticiens qui manifestent cette passion de l’univers polaire (Lopez, 1986) ou du feu (Schaller, 2004 ; Delattre, 2004 ; Huriet, 2004). C’est le fort degré d’engagement des acteurs dans leurs activités qui va permettre de comprendre pourquoi ils sont capables de « faire face » en situation. Ce phénomène a fait l’objet d’attention dans le champ du management de projet comme le remarque Xavier Baron (1993).

Les investigations réalisées dans le domaine des expéditions polaires montrent que des acteurs fortement engagés dans leur activité, depuis de nombreuses années, modèlent complètement l’ensemble des opérations constitutives du déroulement de l’expédition en fonction de ce que nous avons appelé leurs intentionnalités (Lièvre, Recopé, Rix, 2003). Cette notion, distincte de l’intention affichée délibérément par un acteur vis-à-vis d’une action, est difficile à cerner puisqu’elle s’exprime avant tout par les actes des acteurs en situation et que ceux-ci ne sont pas toujours capables spontanément de l’exprimer d’une manière claire, explicite et ex-post. L’intentionnalité est la finalité à la fois implicite et explicite que construit un acteur, au fil du temps, dans une activité en rapport avec sa sensibilité, son monde propre, ses valeurs, ses attentes profondes, sa tendance vitale (Recopé, 2007). Il existe toute une littérature en sciences sociales à partir de l’œuvre du philosophe Georges Canguilhem sur cette question des normes « vitales » et du milieu de vie des individus. On peut ici faire référence par exemple aux travaux en psychologie du travail de Clot (2008) dont il est possible d’établir des liens avec la question de la construction du sens pour les acteurs au sein des organisations chez un auteur comme Weick (2001). L’acteur en réalisant cette activité d’une certaine manière se réalise lui-même dans l’exercice même de cette activité. Les experts polaires étudiés ont, en une vingtaine d’années à partir de la réalisation d’une dizaine d’expéditions, construit en tant que chef d’expédition, en toute liberté, des chaînes logistiques d’une très grande cohérence, d’une très grande efficience. Mais ces chaînes logistiques s’opposent les unes par rapport aux autres en fonction des intentionnalités différentes des acteurs et non pas en fonction de l’objectif affiché de l’expédition. On peut pour un même projet comme la traversée de la calotte du Groenland poursuivre des finalités orthogonales. Pour certains, c’est l’exploit sportif qui est recherché et qui va orienter l’ensemble de l’organisation, pour d’autres, c’est le plaisir du ski, pour d’autres encore c’est l’exploration et la découverte et enfin cela peut être aussi la science. Nous avons pu identifier quatre experts qui représentent d’une manière un peu archétypale ces différentes attentes. Chacun de ces experts développe une manière de réaliser une expédition : de l’idée du projet, en passant par le recrutement des coéquipiers, les choix techniques, la période de préparation, et, par exemple, le déroulement d’une journée sur le terrain…. qui va s’opposer en tout point aux autres. Chacune de ces manières de faire est une construction qui s’est réalisée tout au long des expéditions, avec des essais et des erreurs, suite à des contacts, des lectures… C’est ce long cheminement qui permet in fine d’aboutir à une grande cohérence de chaque chaîne et à leur grande efficience ainsi que de leur profonde orientation en matière de performance organisationnelle. On pourrait dire en quelque sorte que chaque geste, que chaque choix technique, que chaque décision est orientée. Les expéditions polaires apparaissent ici relativement exemplaires sur ce registre donnant à voir des formes possibles d’une organisation apprenante.

Si l’engagement des sapeurs-pompiers dans leurs activités est avéré, la question reste posée de leurs possibilités de trouver du sens dans la réalisation même des opérations avec l’intensité que nous avons pu identifier chez les expéditeurs polaires au vu de degré d’encadrement sur le plan réglementaire et managérial des services d’incendies et de secours. Dans le cas de la lutte en feux de forêt, l’intentionnalité des acteurs peut être contrecarrée dans la mesure où les services d’incendie et de secours s’inscrivent dans une organisation hiérarchique pyramidale avec un management de type autoritaire. Dans cette configuration, l’intentionnalité des acteurs ne peut que s’exprimer si elle est compatible avec les directives de la voie hiérarchique et en référence avec l’application d’un cadre théorique basé sur la méthode de raisonnement tactique simplifiée (MRTS). Ce cadre de référence enseigné en formation permet aux décideurs d’acquérir une démarche logique de raisonnement pour orienter leur prise de décision en situation et d’assurer la conception d’un cadre d’ordres permettant l’exécution des opérations par les intervenants au moyen de termes concis, clair et précis pour limiter le risque d’interprétation et faciliter la déclinaison des actions. Il y a certainement ici à réfléchir dans cette distorsion qui peut apparaître entre les sensibilités, les manières de faire, l’expérience des acteurs et un cadre réglementaire et un certain style de management dans la perspective d’une configuration d’une organisation apprenante. Ces différents aspects sont encore largement occultés dans les organisations logistiques classiques, mais si nous voulons améliorer les performances de nos dispositifs dans des situations marquées par des évolutions, du risque et de l’incertitude, les rendre plus apprenants, nous devons accorder une plus grande attention au degré d’engagement, à la satisfaction, à la pleine réalisation des acteurs dans les organisations. C’est la question du sens que trouvent les acteurs dans la réalisation de leur activité dans les organisations qui est posée. L’économie de la connaissance au sens de Foray (2000) pose de manière frontale ce type de problème aux organisations puisque c’est quelque part le pré-requis à l’innovation organisationnelle. Les travaux de Karl Weick apparaissent ici comme précurseurs d’autant plus que des connections sont possibles avec les théories de l’activité au sens de Vygotsky (Clot, 2008).

2.3. Combiner anticipation et adaptation

Un apport important de la logistique des expéditions polaires est la combinaison anticipation /adaptation. Il apparaît que la phase de mise en œuvre sur le terrain échappe toujours à toute planification et que la bonne attitude consiste surtout à ne pas vouloir appliquer mais plutôt de se mettre dans une posture d’adaptation permanente. Le plan doit alors être considéré comme une ressource plus globale pour l’action en situation. L’excès de planification peut conduire à diminuer la vigilance des acteurs en s’obligeant à faire plier la réalité dans le plan. On préférera l’anticipation, la préparation à la planification. Dans le même temps, un déficit d’anticipation dans la phase de conception peut avoir des conséquences lourdes dans la phase de mise en œuvre. La bonne posture dans la première phase est la préparation à faire face à des situations anticipées les plus proches de ce que le projet nécessite. Si le rôle de la planification doit être fortement relativisée dans le cas d’une expédition polaire alors que le projet a été construit par les acteurs, pour les services secours incendies, celle-ci doit être encore plus marginale puisque le démarrage d’une opération et sa nature sont aléatoires, imprévisibles. Ainsi, on observe dans la gestion du risque feux de forêt la création d’une fonction spécifique dédiée à l’anticipation. La fonction « anticipation » est une fonction rattachée au PC (Poste de Commandement) qui est assurée par un officier placé sous le commandement du COS. Cet officier travaille au sein de la cellule de réflexion (silencieuse) du PC pour élaborer des situations envisageables à différents horizons temporels à partir des éléments disponibles sur la situation opérationnelle et le sens de propagation de l’aléa (paramètres du comportement du feu). Son objectif consiste à définir précisément les enjeux ainsi que les besoins humains et matériels disponibles, d’identifier les ressources et les accès existants (équipement DFCI, rocades et pénétrantes) et d’élaborer des propositions d’actions pour le décideur (COS). Ce dernier choisi l’une des propositions d’actions ce qui implique la mise en œuvre d’un nouveau cycle de réflexion pour l’officier chargé de l’anticipation en tenant compte de la nouvelle situation opérationnelle. Cet exemple met clairement en évidence la nécessité d’une expertise dans cette fonction processuelle à laquelle le décideur (COS) s’en remet pour l’élaboration de la prise de décision. Par sa fonction, l’officier d’anticipation participe de manière implicite au pilotage de l’organisation. Cette répartition des fonctions stratégiques au sein de l’organisation est un gage de sécurité et d’efficacité qui permet à un décideur (COS) de se consacrer aux activités de gestion (cellule ACTION du PC) qu’impose la fonction du commandement. On le pressent à partir de ces différents constats tout au long du déroulement du projet pour les expéditeurs polaires, des opérations des pompiers, il faut pouvoir jouer sur les deux modes : anticipation et adaptation.

Il y a toute une littérature en sciences de gestion depuis les travaux pionniers de March (1991) qui montre l’importance pour une organisation dans le contexte d’une économie de l’innovation de développer à la fois une logique d’exploration (acquérir de nouvelles compétences) et une logique d’exploitation (perfectionner les routines), une logique d’anticipation (rationalisation) et d’adaptation (inventer en situation) (Chanal, Mothe, 2005 ; Brion, Favre-Bonté, Mothe, 2007). Nous avons entrepris récemment un travail dans cette direction sur le terrain des expéditions polaires (Lièvre, Aubry, 2008). Un autre aspect à retenir de la combinaison anticipation et adaptation est que, dans les expéditions, ce sont les mêmes personnes (les expéditeurs) qui anticipent et ont ensuite à réagir, ce qui n’est pas toujours le cas dans les entreprises. Borie (2000) qui s’est intéressé aux organisations flexibles au niveau des exploitations transport avait mis en évidence ce résultat qui nous semble une piste organisationnelle intéressante et qui rejoint certaines propositions concernant la participation des acteurs au pilotage des organisations (Avenier, 1997 ; Camman-Lédi, 2000).

2.4. Cohésion de l’équipe et complémentarité des individus

Pour poursuivre sur les acteurs, il semble important de souligner une grande différence entre les deux logistiques : la nature des équipes. Les équipes d’expédition se construisent par cooptation et par adhésion au projet d’expédition et co-construisent ensuite le projet, ce qui n’est pas souvent le cas en entreprise. Par ailleurs la stabilité des équipes est un autre point de différence. Au moment du recrutement, les gens se choisissent et l’équipe d’expédition, sauf cas particulier, ne change pas jusqu’à la fin de l’expédition. Ce n’est pas le cas dans les entreprises, où les équipes sont moins stables (mobilité, turn-over…), et tout particulièrement dans les activités opérationnelles qui font appel à l’intérim. Enfin, les expéditeurs sont vigilants sur la cohésion et la complémentarité de l’équipe, facteur qui est parfois négligé en entreprise, du moins à la constitution des équipes. Toutefois, l’exemple du corps des sapeurs-pompiers permet d’effectuer un rapprochement avec le cas des entreprises dans la mesure où la mixité des statuts ne permet pas la construction des équipes. En effet, le corps des sapeurs-pompiers est constitué à plus de 80% par des sapeurs-pompiers volontaires (84% en 2006) tandis que les sapeurs-pompiers professionnels représentent près de 20% des effectifs (16% en 2006). Cette situation managériale a forcément un impact sur le fonctionnement de l’organisation dans la mesure où les acteurs en situation ne se connaissent pas personnellement systématiquement, qu’ils n’ont pas les mêmes compétences selon leur grade ou leur âge (les plus jeunes intervenants ont 18 ans), ni les mêmes disponibilités selon leur activité professionnelle, leur vie familiale et leur volonté à vouloir plus ou moins s’impliquer dans le système. Le sapeur-pompier volontaire doit procéder à un arbitrage constant dans la répartition de son temps libre pour pouvoir assurer ses vacations horaires en caserne. A cela, il faut ajouter un autre paramètre influent sur la conception de l’organisation pour l’intervention qui est celui de la durée de l’événement et de son apparition. Celle-ci conditionne la mise en place des relèves dans les fonctions de commandement pour la prise de décision et dans les fonctions d’exécutants pour l’accomplissement des actions sur le terrain. Ces relèves sont l’assurance d’une continuité pour la conduite des actions et du maintien d’un état de vigilance actif du système. Cette situation particulière met en évidence le cas particulier d’un collectif organisé habitué à un processus de gardes permanentes par la présence en grand nombre d’acteurs prêts à intervenir pour le maintien d’une vigilance active et la poursuite de l’action collective. La stabilité des équipes ne constitue pas une priorité dans le fonctionnement de l’organisation car des codes communs sont connus de tous, la hiérarchie est définie et la répartition des tâches permet à chacun d’assurer un rôle dans la conduite des actions. En revanche, la disponibilité des moyens à un instant donné est une valeur essentielle pour l’efficacité de la lutte bien que celle-ci ne soit connue qu’en temps réel ou à un intervalle de temps très court. La notion de communauté de pratique de Lave et Wenger (1991) pourrait éclairer d’une manière pertinente la nature des modes de coordination entre les acteurs que nous avons pu identifier sur les deux terrains.

2. 5. Robustesse du matériel

Dernier point qu’il nous semble intéressant d’aborder : le matériel. Le succès des expéditions polaires, la vie des expéditeurs est largement tributaire des choix de matériel faits avant l’expédition elle-même. En effet l’autonomie spécifique de cette action collective sur le terrain fait que tout changement est impossible. Le choix des matériels (robustesse, solidité, fiabilité, ergonomie) fait donc l’objet d’un soin tout particulier. Dans le cadre d’analyses de retour d’expérience technique sur des véhicules ou des EPI pratiqués par les sapeurs-pompiers et de différentes lectures sur des récits autobiographiques écrits par des officiers (Huriet, 2004 ; Schaller, 2004, 2007) nous avons pu observer que les intervenants avaient des préoccupations où la composante matérielle prenait le pas sur la composante humaine. Ce constat se rapproche très concrètement de la considération du matériel par les expéditeurs polaires dans la mesure où dans un cas comme dans l’autre, les équipements assurent une fonction vitale essentielle en raison du caractère extrême des situations. L’environnement des acteurs polaires ou pompiers met clairement en évidence la nécessité apparente et fondée d’une protection matérielle spécifique dans la mesure où les conditions engagent le pronostic vital des acteurs en situation s’ils ne sont pas protégés. Ainsi, le rapport physique du contexte sur l’acteur est une chose qui n’apparaît pas directement au sein des entreprises dans la mesure où l’environnement est davantage représenté par la menace de la concurrence contre laquelle seule une stratégie commerciale ou industrielle performante permet de lutter. C’est pourquoi la robustesse du matériel apparaît moins évidente car elle ne remplit pas directement une fonction de préservation vitale tout au moins pour les acteurs. Cette préoccupation qui concerne le milieu polaire et le milieu feux de forêts se retrouve également dans les organisations dites à haute fiabilité pour lesquelles l’activité (transport aéronautique, ferroviaire, routier) ou la manipulation des produits (déchets nucléaires) impose une robustesse des équipements dont le caractère est vital pour les membres de l’organisation comme pour les usagers ou les résidents de la zone dans laquelle se trouve implantée l’organisation. C’est l’école de Berkeley (Roberts, 1990) qui développe cette perspective. Il est possible aussi de mobiliser les recherches dans un cadre plus classique qui s’intéressent à la question de l’instrumentation en sciences de gestion (Hatchuel et Weill, 1992 ; Teulier, Lorino, 2007 ; De Vaujany, 2005). Il en va de même des organisations logistiques industrielles et commerciales, dont la performance repose de plus en plus sur la qualité des choix de matériels (systèmes informatiques et électroniques, systèmes de manutention, de transport, etc.). Par contre les phases de test, d’essai en situation sont souvent négligées en entreprise, ce qui conduit souvent à de mauvaises surprises lors du déploiement des projets (le cas des systèmes informatiques est riche d’exemples de ce type !).

2.6. Retour d'expérience

Nous avons déjà évoqué cet aspect dans l’un des points précédents, mais il faut en faire une thématique à part entière au vue de son importance. En effet, l’expérience est une source d’information capitale dans la conception et la mise en œuvre d’une expédition polaire du point de vue de tous les praticiens. La bibliothèque de l’expéditeur polaire est riche en récit des grandes expéditions du XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui qui constituent un véritable gisement d’information en la matière. Même pour des opérations de moindre envergure, l’expéditeur polaire contemporain tient un journal de bord, comme le fait un marin, où il consigne méthodiquement le déroulement de l’expédition, les problèmes rencontrés et les solutions dégagées. Les échanges d’expériences alimentent de grandes discussions entre les expéditeurs. Le matériel choisi pour une expédition a fait l’objet de test préalable qui constitue aussi un retour d’expérience. Dans le domaine feux de forêt, le retour d’expérience constitue une préoccupation récurrente mais difficile à mettre en œuvre en raison de la complexité des situations et des nombreux facteurs caractérisant l’analyse d’un phénomène. Néanmoins, les sapeurs-pompiers comme les expéditeurs tiennent un registre écrit des situations par la mise en forme de ce qu’ils nomment des mains-courantes. Ces mains-courantes correspondent à une traçabilité des événements sur des documents structurés de la manière suivante : GDH (groupe date et heure), identifiant du rédacteur, nom ou code identificateur de l’événement, mode de transmission ou de communication, la nature du flux (entrant ou sortant), une zone libre pour la description des faits ou des actions. Plusieurs mains-courantes sont nécessaires pour reconstituer l’histoire d’un événement. Les mains-courantes sont produites pour signaler la périodicité de l’événement (début et fin) ainsi que tous les événements marquants (« ruptures » au sens de Lagadec, 2000, p.18), les points de situation ou les actions ayant donné lieu à un engagement ou un désengagement de moyens. Ainsi, la main-courante est l’équivalent du journal de bord des expéditeurs polaires ou marins même si aujourd’hui, elle a plutôt vocation à servir de pièces à conviction dans le cas d’une enquête que de véritable retour d’expérience pour l’apprentissage. C’est pour cette raison que se sont développés de véritables outils de retour d’expérience basés sur des méthodologies adaptées à l’analyse de situations extrêmes et plus particulièrement aux feux de forêts. Il s’agit de cellules de retour d’expérience croisées ou pluridisciplinaires qui associent des compétences forestières à celles des sapeurs-pompiers et quelque fois à celle des gendarmes pour l’analyse des situations. L’intérêt de ces cellules réside dans la pratique même du retour d’expérience avec une collecte des données en temps réel sur les feux de forêt dans l’objectif de pouvoir représenter le comportement du feu en intégrant la variété de ses composantes (météorologie, combustible, topographie, vitesse de propagation…) afin de pouvoir mieux identifier les zones géographiques et les conditions atmosphériques à risques. La pratique du retour d’expérience en temps réel leur permet également de faire une observation directe sur les effets produits par les actions de lutte et les stratégies DFCI (Défense de la Forêt Contre les Incendies) pour limiter la propagation de l’incendie. Le développement de cellules de retour d’expérience permet de mettre en évidence la nécessité d’étudier les feux de forêts en temps réel afin de pouvoir mieux adapter les politiques de lutte (action des sapeurs-pompiers) et les politiques de prévention (action des forestiers) lorsqu’un événement implique une ou plusieurs organisations dans une situation à risque. Cette notion de retour d’expérience est devenue aujourd’hui incontournable dans les organisations à risque (Kervern, 2005). On peut interroger la place qu’à cette opération dans des organisations plus classiques et pourtant confrontées à des situations de plus en plus « extrêmes ». Il existe de nombreuses méthodologies de retour d’expérience qui s’intègrent dans le champ plus vaste du Knowledge Management (Van Wassenhove, Garbolino, 2008 ; Ermine, 2008).

Conclusion

Les six principes d’organisation que nous avons dégagés en matière de logistique des situations extrêmes constituent une première base de réflexion en la matière. Nous nous situons ici dans le registre de théories intermédiaires c'est-à-dire que nous pouvons opérer à partir de ce type de connaissance des itérations aussi bien avec le corpus des sciences de gestion qu’avec les connaissances pratiques des acteurs de terrain. Chacun de ces points doit faire l’objet d’approfondissement aussi bien sur le plan empirique sur nos deux terrains mais aussi sur le plan théorique. Il s’agit aussi d’investir plus frontalement l’ensemble du champ en voie de constitution du management de l’extrême dont nous avons donné un aperçu dans l’introduction de ce papier. Nous devons approfondir aussi cette comparaison systématique entre les expéditions polaires et les services d’incendies et de secours qui se révèlent d’une grande richesse. Les différences que nous avons mises en exergue sont révélatrices d’enseignement d’une manière plus générique. En effet, les expéditions polaires apparaissent comme des situations exemplaires pour étudier les situations extrêmes de gestion dans la perspective de la construction d’organisation apprenante (Senge, 2000) mais aussi en termes de management de la connaissance (Ermine, 2008). En effet, nous sommes dans le cas de situations extrêmes de gestion qui ont été voulues délibérément par les acteurs. Ce sont les acteurs eux-mêmes qui définissent les contours de la situation en choisissant plutôt le pôle Nord que le pole Sud, la rencontre avec les bœufs musqués au Groenland ou la traversée en ski du lac Inari en Finlande. Les sapeurs-pompiers ne décident pas du moment où va se déclarer l’incendie, ni de la nature du feu et de son extension, ni des conditions météo… De plus l’expéditeur polaire prend le temps qu’il faut pour préparer, anticiper, planifier le déroulement de son expédition alors que le sapeur-pompier doit répondre dans l’urgence. Dans le cas des expéditions polaires, ce sont les mêmes acteurs qui participent à l’ensemble de la conception et de la mise en œuvre du projet. C’est le chef d’expédition qui choisit librement ses coéquipiers et qui en retour l’acceptent librement comme leader. C’est lui qui a construit au fil du temps une manière spécifique de « monter » une expédition qui est d’une grande cohérence et d’une grande efficience. De plus les modes de coordination entre les acteurs sont fondées sur la coopération, même si le chef d’expédition a un rôle prépondérant sur certaines décisions. Dans le cas des services d’incendie et de secours, nous sommes sur un mode de fonctionnement hiérarchique, pyramidal qui est fortement encadré par une réglementation. C’est une procédure avec des opérateurs spécialisés, avec des statuts différents (professionnels ou volontaires) qui déclenche les opérations. Il y a une hiérarchie très forte et les modalités de circulation de l’information sont très orientées. On ne sait pas a priori quels sont les acteurs qui vont être mobilisés dans le déroulement des opérations : cela va dépendre du sinistre et de son évolution, des possibilités de mobilisation à cet instant des forces humaines et matérielles… On peut avoir sur le terrain des opérateurs qui ne se connaissent pas et qui n’ont jamais travaillé ensemble. Autant la forme organisationnelle de l’expédition polaire apparaît comme plutôt flexible et souple, autant celle des services d’incendies et de secours apparaît comme plutôt rigide. Autant les expéditeurs polaires peuvent constituer des communautés de pratique au sens de Wenger (1998) autant c’est plus difficile pour les sapeurs-pompiers. Dans le même temps, nous sommes sur des collectifs qui n’ont pas la même taille ; une mission de secours peut mobiliser un effectif trente fois supérieur à celui d’une expédition polaire. A priori les risques sont plus importants du coté des sapeurs-pompiers que des expéditeurs polaires parce que le point de départ de l’opération, le feu, est un danger avéré. Par contre, chez les sapeurs-pompiers le retrait est toujours possible et d’une manière rapide, alors que du coté des expéditeurs polaires celui-ci n’est pas toujours possible et surtout moins immédiat. Enfin les possibilités d’apprentissage à partir du retour d’expérience sont plus faciles chez les expéditeurs polaires que chez les sapeurs-pompiers. Comme nous l’avons vu, il y a une grande cohérence entre les pratiques des expéditeurs polaires et leurs aspirations identitaires, les expéditeurs polaires ayant façonné chacun à leurs manières leurs chaines logistiques. De fait dans ce contexte leurs pratiques font sens pour eux, ils apprennent. Le mode de gestion du collectif permet un échange libre sur les pratiques, les essais, les erreurs. Pour les sapeurs-pompiers, les choses sont plus compliquées du fait du cadre réglementaire et du mode de coordination des acteurs sur le terrain : jusqu’où la manière d’opérer est en phase avec la manière d’apprécier la situation par les différents opérateurs et en cohérence avec leurs sensibilités ? Enfin le problème de la judiciarisation de l’activité n’encourage pas les innovations à l’écart de la réglementation et ne facilite pas les échanges en matière de retour d’expérience au vu des risques encourus par les agents sur le plan pénal. Les pistes de recherche sont nombreuses. Les premiers résultats sont prometteurs. Le chantier de la logistique des situations extrêmes de gestion dans le cadre d’une logistique expérientielle ne vient que de débuter.

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♦ Les auteurs :

Pascal Lièvre est Maître de conférences (HDR) en sciences de gestion à l’IUP de Management à l'Université d’Auvergne. Il dirige depuis 2000 un programme de recherche de Logistique des Situations Extrêmes au CRET-LOG (EA 881) à Aix en Provence. Il est co-responsable de l’axe 2 : Management des Mutations Organisationnelles au sein du Centre de Recherche Clermontois en Gestion et Management (EA 3849), Université d’Auvergne, Université Blaise-Pascal, Groupe ESC Clermont. Contact : PascalLievre@wanadoo.fr

Anaïs Gautier est doctorante en sciences de gestion (allocataire de recherche - moniteur 2éme année) à l’Université Aix Marseille II au CRET-LOG. Elle prépare actuellement une thèse sur le statut du retour d’expérience dans les organisations en situations extrêmes : le cas des services d’incendies et de secours. Elle a pris comme terrain d’investigation le sud-est de la France. Contact : anaisgautier@hotmail.com

Publication : 11/05/2012 à 12h45

Publié le 11/05/12 à 09:37