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Candidature au Prix de l'Innovation 2018

Après le RETEX, quelle réponse pour la formation?

09/11/18

Vous trouverez ci-après le résumé du projet réalisé par le Commandant Fabrice RYCKEWAERT du SDIS de Loire-Atlantique.

Ce travail fait partie des 10 candidatures reçues dans le cadre du Prix de l'Innovation 2018.

La pratique du retour d'expérience à l'issue d'un exercice ou d'une opération cherche à tirer des leçons sur son mode de fonctionnement et sur son organisation. Généralement le retour d'expérience préconise pour la formation des actions qui visent à s'assurer que la doctrine ou les procédures opérationnelles soient bien enseignées dans les dispositifs de formation voire de s'assurer de sa présence dans les contenus des FMA.

Pour  autant  la  formation  peut-elle  apporter  une  autre  réponse  ?  La  formation  peut-elle participer de façon plus efficiente à cette démarche d'amélioration des pratiques ?

Le  SDIS  44  a  choisi  d'expérimenter  une  nouvelle  démarche  pour  s'interroger  sur  son organisation opérationnelle lors d'événements majeurs. Le projet consiste à mettre en place une méthodologie  pour comprendre l'organisation  des experts confrontés à  des situations complexes en les plaçant dans une simulation. Cette approche cherche à identifier les règles d'action et les stratégies mises en œuvre par chacun : simuler pour comprendre. L'objectif est de pouvoir mettre ses stratégies au débat au sein du groupe de professionnels et de favoriser ainsi les échanges sur le métier et sur l'efficacité des pratiques opérationnelles. L'enjeu est de réussir  à  capitaliser  les compétences d'adaptation des personnels expérimentés et de les partager.

Le choix de la simulation s'est porté sur la gestion d'un effluant toxique par les conseillers techniques « risque technologique ». La conception de cette simulation a nécessité une phase de pré-étude pour identifier les variables de la situation qui posent problème en situation opérationnelle. Celles-ci sont alors transposées dans  la simulation  pour  qu'elle  soit  non seulement  fidèle au réel mais aussi aux problèmes du réel. L'interactivité de la simulation pensée en amont a permis aux acteurs de s'engager pleinement mais aussi de rechercher et d'obtenir toutes les informations nécessaires à leur organisation.

Plus de dix conseillers techniques se sont mobilisés dans cette simulation hautement dynamique.  L'analyse de leur activité a été réalisée à l'aide d'une grille d'observation chronologique qui permettait de relever toutes les actions prises pendant la simulation ainsi que les interactions verbales dans le collectif de travail. Les moments clés et les prises de décisions ont été regardées a posteriori lors d'entretiens d'auto-confrontation. Cette méthode cherche à revenir a posteriori sur les actions à partir des traces vidéo pour comprendre les raisonnements et les préoccupations des experts.

Il s'agit ici d'identifier  les buts poursuivis par les experts et la façon dont ils s'y prennent pour les atteindre. La méthodologie s'attache à identifier plus finement les stratégies développées et à faire émerger leur principe d'organisation.

L'analyse met en évidence que les experts diagnostiquent en continue la situation pour évaluer la surface de la dispersion atmosphérique (la plume) mais également pour vérifier la fiabilité de leurs données.

En effet, l'usage de la modélisation d'une dispersion atmosphérique issue d'un logiciel d'aide à la décision reste fragile tout comme les valeurs issues du réseau de mesure. Le conseiller technique doit comparer et recouper ces données pour les fiabiliser.

La mise en place d'un réseau de mesures est au cœur des préoccupations. Des experts vont privilégier  le modèle théorique du logiciel pour guider leur réseau de mesure, d'autres vont diriger  le  réseau  de  mesures  sur des  points précis  et  les comparer  ensuite  au  modèle théorique. Enfin certains experts vont quant à eux jouer sur les deux tableaux.

La nécessité de fiabiliser l'organisation réapparaît lors de la sollicitation du réseau d'experts. Les questions portent sur le choix de la valeur seuil retenue, la validation de la surface de la dispersion par un service institutionnelle (Cellule d'Appui aux Situations d'Urgence)...

La qualité des échanges avec le COS en attente de réponses fiables sont aussi des moments clés pour le CT RT. Les disponibilités du COS sont peu nombreuses et les stratégies utilisées pour optimiser les « fenêtres de tir » sont aussi différentes : faut-il sortir ou non de l'expertise pour avoir des propos qui facilitent la compréhension des enjeux de la situation ?

Enfin, les approches sont hétérogènes dans la relation avec le chef CMIC. Une partie des experts souhaitent déléguer autant que possible la partie action « source » au chef CMIC pour dégager du temps pour la phase réfléchie dans le PC, d'autres sont dans une posture d'accompagnateur et de conseil sur les choix tactiques. Certains préfèrent prendre la main sur cette partie considérée comme essentielle en dirigeant les actions chef CMIC.

L'objectif fixé au début de la démarche semble en partie atteint, la simulation peut contribuer à l'amélioration des pratiques opérationnelles. Elle permet la capitalisation et le partage des savoir-faire des personnels expérimentés et ouvre ainsi le champ des stratégies possibles et efficaces pour mieux se préparer à l'intervention.

Cette étude propose dans sa conclusion une modélisation de l'activité des conseillers techniques sous une forme schématique. Ce modèle de l'activité présente l'avantage de comparer les stratégies et les raisonnements utilisés pendant la simulation et par là-même d'organiser les échanges lors du débat au sein du groupe de professionnels.

Ce projet a permis également de progresser dans conception des simulations et ce projet sera présenté  lors du « 3rd international Conference CBRNE Research & Innovation » qui se déroulera à Nantes du 20 au 23 mai 2019.

Crédit photographique : SDIS 44

Rédacteur : Commandant Fabrice RYCKEWAERT, SDIS 44, Adjoint au chef du Groupement Support Ecole

Publié le 09/11/18 à 11:36