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FORMATION D’ADAPTATION À L’EMPLOI DE CHEF DE GROUPEMENT ET PRIX DE LA QUALITÉ DU CONTENU TECHNIQUE

La polyvalence des engins de secours : enjeux en matière financière,opérationnelle et technique.

26/05/14

Les contraintes économiques poussent aujourd’hui les services d’incendie et de secours à rechercher de nouvelles pistes pour réduire leurs coûts globaux tout en conservant une couverture des risques satisfaisante.
Dans ce contexte, les engins polyvalents apparaissent comme une solution pertinente voire incontournable pour certains.
Pour autant, de nombreuses questions restent posées :
• Qu’associe-t-on à la notion de polyvalence ?
• Quelles sont les contraintes inhérentes à sa mise en œuvre et pour quelle efficacité ?

Des questions qu’il convient de se poser au risque, dans le cas contraire d’y voir seulement une source d’économie sans envisager la problématique de façon globale. Ce mémoire, commandé par le Lieutenant-colonel DELAUNAY (SDIS 44), permet de mieux comprendre la polyvalence ainsi que les effets qu’elle induit.

A. Une approche de type « gestion de projet »

L’étude a été réalisée en deux temps. Tout d’abord, nous effectuons un état des lieux au travers d’études documentaires, d’études de la jurisprudence mais surtout d’entretiens avec des experts nationaux, des utilisateurs et des partenaires des services d’incendie et de secours. En sus, un questionnaire national est élaboré pour mieux comprendre le positionnement des SDIS vis à vis de la polyvalence. Sur la base de cet état des lieux, nous formulons ensuite 21 propositions à l’attention de nos dirigeants dans une logique d’aide à la décision. Les volets humains, économiques, organisationnels et opérationnels sont pris en compte afin d’estimer les conséquences transversales. Nous nous attachons également à mesurer l’impact d’une telle politique en termes d’acceptabilité au sein des unités opérationnelles pour laquelle nous proposons une stratégie d’accompagnement.

B. La polyvalence : un concept aux contours encore flous

La diversité et le caractère aléatoire de nos missions tendent naturellement à créer une certaine polyvalence tant sur le plan technique que sur le plan humain. En y regardant de plus près, nous constatons qu’en dehors de l’acception littéraire du terme, la définition de polyvalence n’est pas techniquement encadrée. Même le RIM qui consacre deux parties à la présentation des engins n’évoque pas cette possibilité. C’est pourquoi dans le cadre de notre étude, nous définissons l’« engin polyvalent » comme étant : « L’engin en capacité d’assurer à lui seul plusieurs types d’opérations traditionnellement dédiées à au moins deux agrès appartenant à des groupes de véhicules motorisés distincts. »

C. La nécessaire prise en compte du coût global de possession

L’économie substantielle réalisée par l’achat d’engins polyvalents est un argument régulièrement voire systématiquement avancé pour légitimer ce choix. Si le coût d’achat d’un véhicule au lieu de deux semble certes manifestement avantageux, qu’en est-il de ceux inhérents à son utilisation ? Le coût global de possession, appelé selon sa dénomination anglaise Total Cost of Ownership (TCO), est un outil économique incontournable. Il intègre la totalité des coûts d’un système de sa conception jusqu’à son démantèlement. L’objectif de ce concept est de s’affranchir du seul critère « prix d’achat ». L’achat le moins cher n’est pas forcément le plus économiquement viable.

D. Une approche statistique de la simultanéité des fonctions

La polyvalence conduit nécessairement à une dégradation de la couverture opérationnelle puisque le nombre de départs simultanés susceptibles d’être assurés par les centres d’incendie et de secours s’en trouve réduit. La question qui intéresse donc le décideur est l’acceptabilité ou non de cette perte de capacité. Seule une approche statistique permet d’apporter des éléments tangibles pour répondre à ce type de question. Prenons le cas d’un véhicule polyvalent C, assurant une fonction A (précédemment assurée par un véhicule A) et une fonction B (précédemment assurée par un véhicule B). La probabilité de voir le véhicule C sollicité une seconde fois, alors qu’il est déjà engagé, peut s’écrire ainsi :

P2C = P2A + P2B + PA/B+ PB/A

  • P2C : probabilité de double sollicitation de l’engin polyvalent
  • P2A : probabilité de double sollicitation de la fonction A
  • P2B : probabilité de double sollicitation de la fonction B
  • PA/B (PB/A): probabilité de sollicitation de la fonction A alors que la fonction B est en cours de sollicitation et inversement.

Il s’agit ensuite de comparer la probabilité P2C avec, successivement, les probabilités P2A et P2B, qui sont aussi les probabilités de double sollicitation des véhicules A et B avant polyvalence. Cela revient à comparer la probabilité pour le véhicule C d’avoir deux sollicitations simultanées avec la même probabilité concernant le véhicule A ou le véhicule B. On caractérise ainsi la dégradation de la capacité opérationnelle du centre, ce qui doit constituer un indicateur pour le décideur.

E. Les propositions

La méthode dite HOTE (Humain, Organisationnel, Technique, Environnement) nous a permis de formuler 21 propositions prenant en compte la « face immergée de l’iceberg ». Nous retenons plus particulièrement 5 propositions :

  1. Mesurer la dégradation de la couverture opérationnelle, due à l’impossibilité de satisfaire à des interventions simultanées. Fixer un seuil d’acceptabilité.
  2. Rapprocher les normes des besoins actuels des SDIS en faisant en sorte qu’elles prennent en compte les engins polyvalents.
  3. Élaborer un plan de communication / associer les chefs de centre et les personnels à la démarche.
  4. S’assurer de la qualité de la formation des personnels.
  5. Garantir la fiabilité des engins polyvalents.

CONCLUSION

Les décideurs rencontrés, confrontés à des contraintes budgétaires toujours plus grandes et soumis aux exigences de leur autorité de tutelle, considèrent souvent la polyvalence comme l’un des leviers permettant de satisfaire à cette situation. Cet état des choses est une réalité, il ne s’agit pas là de l’ignorer ni encore moins d’opposer, de façon simpliste, la logique budgétaire et la logique opérationnelle. Toutefois, la polyvalence ne doit pas être, face à une situation patente d’austérité, le choix du pauvre. Il y a lieu de noter que la justification d’un engin répond d’une part à une logique comptable, liée à son taux de sollicitation mais également à la couverture d’un risque potentiel. En d’autres termes, comment caractériser la rentabilité d’un véhicule de secours ? Sans doute pas seulement par le nombre d’heures d’utilisation. Il y a lieu de prendre en compte également la place qu’il occupe dans le maillage territorial et le risque couvert, en faisant fi de toute notion de sollicitation.
Cette approche, plus difficilement quantifiable, devra cependant être défendue, sur la base du SDACR, auprès des décideurs et il s’agit sans doute là d’un enjeu majeur des années à venir. Nous concevons la polyvalence à la fois comme une solution efficace si elle s’inscrit dans une politique globale, mais également comme la tentation de la simplicité si seule la logique comptable prévaut. On rejoint ici la tendance, qui commence à poindre, d’inclure l’aspect financier dans la conception d’une couverture des risques.

Est-il en effet logique de présenter au décideur des objectifs sans en quantifier le coût ni rechercher le meilleur compromis ? Une réflexion pourrait par exemple être menée sur un rapprochement, au sein d’un même document, de l’analyse des risques et de leur financement, en d’autres termes entre le SDACR et la convention pluriannuelle entre le Conseil Général et le SDIS. Une autre idée milite pour une approche globale de la polyvalence. Elle tient notamment du constat de retenue que nous avons pu faire quant à l’engagement des SDIS dans une telle politique. Dans nombre de cas, face aux interrogations qu’elle suscite, le choix a été fait d’appliquer la politique des petits pas en s’équipant d’un nombre réduit de véhicules dans le but de les tester. Ce choix a parfois été fait pour plusieurs types de véhicules au sein d’un même SDIS, provoquant ainsi une hétérogénéité du parc avec toutes les difficultés qui en découlent. Pour tirer le meilleur parti de la polyvalence, elle doit s’inscrire dans une logique d’échelle. Il n’en sera que plus aisé de construire une couverture cohérente.

De par le principe même de gouvernance des SDIS, et comme dans bon nombre de situations identiques, l’incitation au changement nécessite d’une part qu’un échange ait lieu autour des expériences vécues, et nous espérons que la présente étude puisse y contribuer, mais également que des mesures incitatives soient proposées.

Par le Commandant Pascal PREVOST,SDIS de l’Eure
le Commandant Jérôme SÉJOURNÉ,SDIS de Seine-Maritime
le Commandant Bertrand THOMAS,SDIS du Morbihan
le Commandant Olivier GALICHET,COGIC : Direction Générale de la Sécurité Civile et la Gestion de Crise

Publié le 26/05/14 à 15:22